Salman Rushdie, un écrivain résistant, conteur du chaos du monde

Le romancier et essayiste américain Salman Rushdie à Paris, le 10 septembre 2018.

Garder son cap. Se consacrer à la littérature, dont il célèbre la capacité à « augmenter la somme de ce que les êtres humains sont capables de percevoir, de comprendre, et donc, en définitive, d’être » (Joseph Anton, une autobiographie, Plon, 2012). Ne pas renoncer à écrire est l’une des formes de résistance choisies par Salman Rushdie après la fatwa édictée contre lui en février 1989. Elle est indissociable de sa défense, jamais démentie, de la liberté d’expression, dont l’un des témoignages fut son ferme soutien à Charlie Hebdo après les attentats de 2015, quand une partie importante de la scène intellectuelle américaine barguignait. Autant de tergiversations qui ont dû ranimer chez l’écrivain de pénibles souvenirs.

Rester romancier, coûte que coûte. Un romancier occupé à raconter le chaos du monde, armé de son imagination, de son érudition et de son humour. Après tout, si c’est « accidentellement » que sa vie a été « rendue intéressante » (d’un point de vue narratif), ainsi qu’il lui est arrivé d’ironiser le tournant pris par sa vie il y a trente-trois ans, c’est en revanche tout à fait volontairement qu’il est devenu écrivain.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Le romancier Salman Rushdie, cible d’une fatwa depuis 33 ans, victime d’une attaque au couteau

Il est né le 19 juin 1947 dans une famille musulmane et bourgeoise – père homme d’affaires, mère enseignante – à Bombay, dans un quartier où cohabitent Indiens et expatriés européens et américains. Dans un entretien à la revue La Règle du Jeu, en 1993, il notera : « Pour n’importe qui ayant grandi dans n’importe quelle grande ville, particulièrement dans une ville comme la mienne, où l’Est et l’Ouest se rejoignent, l’un des faits qui s’imposent à vous est que la culture est hybride, qu’elle est un mélange, bref, qu’elle est une forme impure. Et le roman doit être une célébration de l’impureté. »

En 1961, l’adolescent est envoyé étudier en Angleterre ; après le lycée, il entre à Cambridge pour suivre un cursus d’histoire. Une fois diplômé, ce grand lecteur, naturalisé britannique, gagne sa vie en travaillant dans la publicité, secteur qui lui enseigne, dira-t-il, l’art de la « concision », même si ce n’est pas le premier terme qui vient à l’esprit quand on pense à son œuvre luxuriante – mais il possède en effet le goût des formules qui encapsulent plusieurs idées ou sensations en un minimum de mots.

« J’avais découvert ma voix »

En 1968, il quitte son poste pour se lancer dans l’écriture. Débutent des années d’apprentissage et de tâtonnements pour celui dont les influences sont à chercher autant du côté de Charles Dickens que de la Nouvelle Vague, de Luis Buñuel que de Mikhaïl Boulgakov ou des fables traditionnelles du Pañchatantra auxquelles il a été biberonné. En 1975, il publie son premier roman, Grimus (JC Lattès, 1977), qui organise la rencontre de la science-fiction, de la mythologie et du conte, sans convaincre outre mesure. Y compris son auteur, qui, quand il n’oublie tout simplement pas de le mentionner, le balaie d’un : « Ce n’était pas très bon. »

Il vous reste 70.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We want to say thanks to the author of this write-up for this remarkable web content

Salman Rushdie, un écrivain résistant, conteur du chaos du monde