Wall Street dans le rouge, toujours plombé par la Fed

Après un plongeon brutal hier soir (-1,55% sur le DJIA et -3,36% sur le Nasdaq), la cote américaine est encore orientée à la baisse ce jeudi, toujours plombée par le discours très ferme de la Fed de Jerome Powell, déterminée à maîtriser l’inflation et donc à poursuivre son cycle accéléré de resserrement monétaire, après quatre hausses successives de taux de 75 points de base. Aucun espoir de ‘pivot monétaire’ réel n’est donc offert à court terme, ce qui fait fort logiquement retomber les indices. Le S&P 500 abandonne 0,54% à 3.739 pts, alors que le Dow Jones recule de 0,39% à 32.023 pts. Le Nasdaq cède 0,49% à 10.473 pts. Sur le Nymex, le baril de brut WTI recule de 1,5% à 88,7$. L’once d’or trébuche de 1,2% à 1.629$. L’indice dollar s’envole de 1,2% face à un panier de devises de référence !

Le discours ‘hawkish’ de la Fed continue donc de se répercuter, resserrant les conditions financières mondiales. Le communiqué du FOMC a signalé hier soir un ralentissement à court terme du rythme des hausses de taux, notant qu’il tiendrait compte du resserrement cumulé de la politique et des retards avec lesquels la politique affecte l’activité économique et l’inflation, ainsi que des développements économiques et financiers. Cependant, Powell a adopté un ton nettement plus belliciste lors de sa conférence de presse, faisant allusion à un taux terminal plus élevé que ce qui avait été observé dans le diagramme à points ‘dot plot’ de septembre et soulignant qu’il était très prématuré de penser à faire une pause. Cela implique que le risque de ne pas resserrer suffisamment et de laisser potentiellement l’inflation s’enraciner, serait toujours plus élevé que le risque de trop resserrer. Powell a aussi souligné que le marché du travail américain demeurait toujours tendu, alors que la consommation resterait résiliente, soutenue par des bilans solides des ménages. Le patron de la Fed a aussi noté lors de sa conférence de presse que la fenêtre pour un atterrissage en douceur s’était rétrécie… Le taux terminal est maintenant attendu à environ 5,15%.

La Banque d’Angleterre a elle aussi annoncé ce jour un relèvement de trois quarts de point de son taux d’intérêt directeur, la plus forte augmentation depuis 1989, tout en prévenant que le Royaume-Uni risquait une récession longue. Le taux de base britannique a été porté de 2,25% à 3%, comme attendu. De nouvelles hausses de taux pourraient être nécessaires pour que l’inflation revienne durablement vers l’objectif, selon la BoE.

D’après la dernière étude de la firme Challenger sur le sujet, les annonces de licenciements des entreprises aux États-Unis pour le mois d’octobre 2022 ont concerné 33.843 postes, contre 29.989 emplois un mois auparavant.

Les inscriptions au chômage ont légèrement reculé aux Etats-Unis la semaine passée. Le Département américain au Travail vient en effet d’annoncer, pour la semaine close au 29 octobre, que les inscriptions au chômage ont atteint un niveau de 217.000, en repli de 1.000 par rapport à la semaine antérieure. Le consensus tablait sur 220.000 nouvelles inscriptions. La moyenne à quatre semaines s’établit à 218.750, en baisse de 500. Enfin, le nombre de chômeurs indemnisés sur la semaine close le 22 octobre atteint 1,485 million, en progression de 47.000 sur sept jours (1,450 million de consensus).

Le déficit américain du commerce international de biens et services s’est établi à 73,3 milliards de dollars au mois de septembre 2022, contre un consensus de marché de 71 milliards de dollars et après une lecture révisée à 65,7 milliards de dollars pour le mois d’août.

La productivité américaine non-agricole préliminaire pour le troisième trimestre s’est établie en très faible hausse, sur un rythme de 0,3%, contre 0,5% de consensus de place, après un recul de 4,1% un trimestre auparavant. Les coûts unitaires du travail se sont appréciés sur un rythme de 3,5%, contre 4% de consensus.

Les indicateurs PMI américains publiés ce jour ont dépassé les attentes de marché, mais restent inférieurs à la barre des 50, ce qui signale une contraction de l’activité. L’indice PMI composite final américain du mois d’octobre a été de 48,2, contre 47,3 de consensus et 47,3 pour sa lecture flash. L’indice PMI final des services du mois d’octobre a été de 47,8, contre 46,6 de consensus.

L’indice ISM des services américains pour le mois d’octobre 2022 s’est établi à 54,4, contre un consensus FactSet de 55,4 et un niveau de 56,7 un mois plus tôt. Cet indice rate donc le consensus, mais il ressort toujours nettement supérieur à la barre des 50, ce qui indique une expansion. Notons que le PMI américain des services traduit donc pour sa part une contraction. Ces deux indicateurs entrent souvent en contradiction.

Les commandes industrielles américaines de septembre, qui viennent aussi d’être publiées, font ressortir une croissance de 0,3% par rapport au mois antérieur, en ligne avec les attentes, après un gain révisé à 0,2% pour le mois d’août.

Les valeurs

Moderna (+1%), le laboratoire pharmaceutique américain, résiste désormais à Wall Street, après une chute initiale. Le fabricant de vaccins Covid a affiché des bénéfices du troisième trimestre bien plus faibles que prévu et a déclaré que les contraintes d’approvisionnement à court terme auraient un impact sur les accords d’achat anticipé de 2022. La firme de Cambridge, Massachusetts, a annoncé des revenus trimestriels de 3,36 milliards de dollars, contre 4,97 milliards de dollars il y a un an. Le bénéfice net est retombé de 69% à 1 milliard de dollars, alors que le bpa dilué s’est effondré de 67% à 2,53$. Le consensus sur la période était de 3,29$ de bénéfice ajusté par action pour 3,53 milliards de dollars de revenus. Le groupe abaisse par ailleurs ses prévisions annuelles de ventes pour son vaccin anti-covid, tablant sur un niveau de 18 à 19 milliards de dollars.

ConcoPhillips (+4%), dont le cours flambait déjà de plus de 70% cette année à Wall Street, atteint un nouveau plus haut historique ce jeudi. Le groupe pétrolier américain vient de battre sans surprise le consensus de profit sur le trimestre clos. Il rehausse par ailleurs son dividende de 11% et renforce de 20 milliards de dollars son programme de rachat d’actions. Le bénéfice net trimestriel a atteint 4,5 milliards de dollars soit 3,55$ par action, contre 2,4 milliards de dollars un an avant.

Qualcomm décroche de 8% à Wall Street. Sur le trimestre clos, le groupe a légèrement dépassé le consensus de profit. Néanmoins, les prévisions ressortent déprimées. Pour son quatrième trimestre fiscal juste clos, le concepteur américain de ‘puces’ a annoncé un bénéfice ajusté par action de 3,13$, à comparer à un consensus de 3,12$ et un niveau de 2,55$ un an avant. Les revenus trimestriels ont été de 11,4 milliards de dollars, contre 9,34 milliards un an avant. Qualcomm envisage pour le trimestre entamé des revenus allant de 9,2 à 10 milliards de dollars, à comparer à un consensus de… 12 milliards. Le bénéfice ajusté par action est attendu quant à lui entre 2,25 et 2,45$, contre 3,4$ de consensus.

eBay grimpe de 4% à Wall Street ce jeudi. Le géant américain des enchères en ligne a plutôt agréablement surpris par sa publication financière de la veille, affichant des bénéfices trimestriels supérieurs aux attentes de marché et une guidance assez résiliente pour la cruciale saison des fêtes de fin d’année. Sur le trimestre clos fin septembre, eBay a affiché des revenus de 2,4 milliards de dollars en repli de 5%, contre 2,32 milliards de consensus. Le bénéfice ajusté par action a été de 1$, contre 93 cents de consensus. Pour le trimestre de décembre, les revenus sont anticipés entre 2,42 et 2,5 milliards de dollars, à comparer à un consensus de 2,5 milliards. Le groupe californien de San Jose prévoit enfin un bénéfice ajusté par action de 1,03 à 1,09$ pour ce trimestre des fêtes, ce qui ressort en ligne avec les anticipations.

Booking (+5%) remonte à Wall Street, au lendemain de sa publication financière trimestrielle. Booking Holdings a affiché des résultats supérieurs aux attentes, avec la reprise estivale des voyages. Les réservations brutes, qui incluent tous les services de voyage réservés par les clients nets des annulations, ont bondi de 36% pour atteindre 32,12 milliards de dollars au troisième trimestre. Les analystes anticipaient un niveau de 30,7 milliards de dollars. Le chiffre d’affaires s’est élevé à 6,1 milliards de dollars, un record trimestriel et une hausse de 29% par rapport à l’an dernier. Les nuitées réservées, qui reflètent la plus grande catégorie de services de voyage chez Booking, ont augmenté de 32% pour atteindre 240 millions. Les analystes tablaient sur 237 millions. Le bénéfice net ajusté a progressé de 26% à 2,7 milliards de dollars, ou 53,03 dollars par action, contre 49,6$ de consensus. Booking fournit par ailleurs une solide guidance pour le trimestre entamé, indiquant que les nuitées réservées en octobre étaient près de 12% plus élevées qu’en 2019, à la même période, après des progressions de 10% en août et septembre.

MetLife (-1%) a dépassé les attentes de revenus et de profits au troisième trimestre, mais les bénéfices ressortent en vif déclin. L’assureur américain a dégagé un bénéfice ajusté par action de 1,21$, à comparer à un consensus de 1,18$ et un niveau de 2,39$ un an plus tôt. Les revenus ont totalisé 23,7 milliards de dollars, contre 17,1 milliards un an auparavant. Le bénéfice net consolidé a été de 331 millions de dollars soit 41 cents par titre. Le bénéfice ajusté a représenté 966 millions de dollars, contre 2,1 milliards de dollars un an plus tôt.

Cigna (+1%), le groupe américain de services de santé et d’assurance, a rehaussé encore ses prévisions financières, après un solide troisième trimestre. Sur la période close, le bénéfice net attribuable aux actionnaires a été de 2,76 milliards de dollars, en progression de 70% en glissement annuel, avec un gain exceptionnel de 1,4 Md$ sur la cession d’opérations en Asie-Pacifique et Turquie à Chubb. Les revenus trimestriels se sont améliorés de 2% à 45,28 milliards de dollars. Cigna anticipe désormais un bpa ajusté des opérations d’au moins 23,1$ sur l’exercice, contre ‘au moins 22,9$’ auparavant et 23$ de consensus de place.

Regeneron (-2%), le groupe biotechnologique américain, a dévoilé pour son troisième trimestre fiscal des revenus de 2,94 milliards de dollars, en recul de 15% en glissement annuel. Hors REGEN-COV, les revenus auraient augmenté de 11%. Les ventes nettes d’EYLEA aux États-Unis au troisième trimestre 2022 ont augmenté de 11% par rapport au troisième trimestre 2021 pour atteindre un record de 1,63 milliard de dollars. Le chiffre d’affaires mondial de Dupixent (enregistré par Sanofi) au troisième trimestre 2022 a augmenté de 40% à 2,33 milliards de dollars par rapport au troisième trimestre 2021. Le bpa dilué GAAP trimestriel de Regeneron a été de 11,66$, alors que le bpa ajusté a atteint 11,14$. Le consensus était de 9,48$ de bpa ajusté pour 2,87 milliards de dollars de revenus.

Robinhood (+9%), le courtier en ligne américain, bondit à Wall Street. Le groupe a en effet réduit ses pertes sur le trimestre écoulé, ajustant ses dépenses dans un contexte incertain. Les revenus nets d’intérêt au troisième trimestre ont par ailleurs doublé à 128 millions de dollars. Le management anticipe encore une progression séquentielle de 25 millions de dollars de ces revenus au quatrième trimestre. Les revenus totaux du trimestre ont été de 361 millions de dollars (+14% en séquentiel), contre 355 millions de consensus. La perte nette a été réduite à 175 millions de dollars, contre 1,32 milliard de dollars un an auparavant et 295 millions de dollars sur le précédent trimestre. Hors éléments, la perte par action a été de 20 cents, contre -31 cents de consensus. Les revenus de trading de cryptomonnaies ont baissé de 12% séquentiellement à 51 millions.

Zoetis (-13%), le laboratoire américain de santé animale, décroche à Wall Street, suite aux comptes du troisième trimestre. Les revenus ont totalisé 2 milliards de dollars, en faible hausse de 1% en glissement annuel, tandis que le bénéfice net est ressorti à 529 millions de dollars soit 1,13$ par titre, ce qui représente des déclins respectifs de 4 et 3%. Le bénéfice ajusté par action a été de 566 millions, pour un bpa ajusté de 1,21$. Le groupe abaisse sa guidance annuelle de revenus entre 8 et 8,075 milliards, tandis que le bpa ajusté est anticipé entre 4,83 et 4,9$.

Marriott (-2%), le groupe hôtelier américain, a battu le consensus de profits et de revenus sur le trimestre clos. Le RevPAR a dépassé quant à lui ses niveaux de 2019. Le bénéfice net trimestriel a été de 630 millions de dollars et 1,94$ par action, contre 220 millions de dollars un an avant. Le bénéfice ajusté par action a atteint 1,69$, contre 99 cents un an plus tôt et 1,68$ de consensus. Les revenus totaux ont grimpé de 34,6% à 5,3 milliards de dollars.

Intercontinental Exchange (+4%) a annoncé pour son troisième trimestre fiscal des revenus de 1,8 milliard de dollars, en augmentation de 1% en glissement annuel et de 3% à devises constantes. La perte GAAP par action ressort à 34 cents, avec la perte liée à Bakkt. Le bénéfice ajusté dilué par action a représenté quant à lui 1,31$. Le bénéfice opérationnel ajusté a augmenté de 4% en comparaison de l’an dernier et de 6% à changes constants.

Kellogg (-7%) a publié ce jeudi des revenus du troisième trimestre en nette hausse de 9%, avec la hausse des prix et une amélioration du mix produit. Le groupe alimentaire américain connu pour ses céréales a par ailleurs relevé ses prévisions financières sur l’exercice. Sur le trimestre clos, les revenus ont totalisé 3,95 milliards de dollars, contre 3,78 milliards de consensus. Kellogg table désormais sur un bpa ajusté annuel en croissance de plus de 3% à devises constantes, contre ‘plus de 2%’ précédemment anticipé.

Barrick Gold (-7%), le géant minier canadien coté à Wall Street, a dépassé les attentes de profits pour son troisième trimestre fiscal, mais ses revenus ont largement déçu. Le bénéfice ajusté trimestriel par action a été de 13 cents, contre 11 cents de consensus et 24 cents un an avant. Les revenus ont totalisé quant à eux 2,53 milliards de dollars, contre 2,83 milliards de dollars un an plus tôt.

Air Products & Chemicals (+7%) a dépassé les anticipations de marché en termes de profits et de revenus pour son quatrième trimestre fiscal. Le bénéfice ajusté par action a été de 2,89$, en augmentation de 15% en glissement annuel, à comparer à un consensus de 2,77$. Le géant américain des gaz industriels a affiché des revenus de 3,57 milliards de dollars sur la période close, en augmentation de 26%, à comparer à un consensus de marché de 3,3 milliards de dollars à peine.

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