Wall Street en ordre dispersé face à l’offensive russe en Ukraine

Wall Street tente de résister jeudi face à l’offensive de l’armée russe lancée la nuit précédente contre l’Ukraine. Alors que les Etats-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni se préparent à infliger de lourdes sanctions économiques à Moscou, les principaux indices boursiers américains ont tous perdu plus de 10% par rapport à leurs récents sommets. Les investisseurs achètent des valeurs refuge, à commencer par les obligations d’Etat (faisant chuter les taux) et l’or, tandis que les cours du pétrole ont flambé à plus de 100$ le baril.

A deux heures de la clôture, le Dow Jones cède 1,66% à 32.584 points, tandis que l’indice large S&P 500 lâche 0,63% à 4.199 pts. En revanche, le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques et biotechs, parvient à regagner 0,62% à 13.118 pts, après avoir chuté de 2,57% mercredi.

Plus tôt dans la journée, l’indice l’Euro Stoxx 50 a plongé de 3,6% et le CAC 40 a abandonné 3,8%. En Asie, le Nikkei a cédé 1,8% à Tokyo, et le Shanghai composite a perdu 1,7%. L’indice russe MOEX s’est effondré de 33,3% à 2.058 pts et a même perdu 45%, une chute historique, en tout début de journée.

L’indice VIX de la volatilité, aussi appelé “indice de la peur”, bondissait jeudi soir de 8,6% à 33,68 points, très au-dessus de sa moyenne historique de 20 pts.

Vladimir Poutine envahit l’Ukraine

Vladimir Poutine a donc lancé jeudi à l’aube une opération militaire de grande ampleur en Ukraine, ce qui constitue la plus grande attaque d’un Etat contre un autre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon les autorités ukrainiennes, des combats ont lieu jeudi pratiquement partout sur le territoire ukrainien, y compris sur le site de l’ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl. Des explosions ont été entendues dans la capitale ukrainienne Kiev, où vivent trois millions de personnes.

Le président russe a justifié son action en estimant que la Russie n’avait d’autre choix que de se défendre contre ce qu’il a appelé des menaces émanant de l’Ukraine moderne. “La Russie ne peut se sentir en sécurité, se développer et exister avec une menace constante émanant du territoire de l’Ukraine moderne”, a ajouté le président russe, qui entend démilitariser l’Ukraine. “La responsabilité de toute effusion de sang incombera au régime ukrainien”, a asséné encore Poutine, qui affirme qu’il ne prévoit pas d’occupation du territoire ukrainien.

Cette attaque, menée après des semaines d’efforts diplomatiques de la communauté internationale pour tenter d’éviter un conflit armé, a été dénoncée et condamnée par l’ensemble des pays occidentaux, qui ont promis à Moscou des sanctions économiques particulièrement dures.

Joe Biden annonce des sanctions “dévastatrices”

Jeudi soir, le président américain Joe Biden a ainsi annoncé de nouvelles sanctions économiques et restrictions d’exportation contre Moscou, qualifiées de “dévastatrices”. A l’issue d’une réunion virtuelle entre les États-Unis et leurs alliés du G7, Biden a notamment indiqué que quatre banques russes supplémentaires vont être sanctionnées et que plus de la moitié des importations technologiques de la Russie seront supprimées.

“Cela imposera un coût sévère à l’économie russe, à la fois immédiatement et à long terme”, a prévenu le dirigeant américain lors d’une conférence de presse depuis la Maison Blanche. Joe Biden n’a cependant pas évoqué à ce stade une éviction de la Russie du système de paiements internationaux Swift.

Les pays de l’Otan doivent par ailleurs se réunir en urgence vendredi, après avoir annoncé un renforcement de la présence de ses troupes sur son flanc et la mise en alerte de centaines d’avions et de navires… Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a condamné “l’attaque irréfléchie et ne répondant à aucune provocation” menée par la Russie. Le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres a exhorté Poutine à arrêter la guerre “au nom de l’humanité”.

L’UE prépare des sanctions contre Moscou et des mesures de soutien à l’Ukraine

En Europe, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a indiqué que l’UE ciblerait des secteurs stratégiques de l’économie russe en bloquant leur accès aux technologies et marchés essentiels, avec un gel des avoirs russes dans l’UE et un blocage de l’accès des banques russes aux marchés financiers européens.

De nouvelles mesures de soutien à l’Ukraine sont aussi programmées. Emmanuel Macron a promis “une réaction sans faiblesse”. Les ministres des Affaires étrangères des Etats baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) ont appelé à bloquer l’accès de la Russie au réseau interbancaire SWIFT et à fournir des armes à l’Ukraine.

De son côté, la Chine a rejeté jeudi le terme d'”invasion” pour qualifier l’offensive militaire russe en Ukraine et a dit comprendre les “inquiétudes légitimes” de la Russie en matière de sécurité…

La croissance américaine a atteint 7% au 4e trimestre 2021

Sur le front économique, les dernières statistiques américaines sont passées au second plan, loin derrière la crise russo-ukrainienne. L’économie américaine a progressé un peu plus vite que prévu, de 7% en rythme annuel au quatrième trimestre 2021, contre 6,9% en 1ère estimation. Il s’agit d’une fin d’année en ligne avec le consensus de marché, après une croissance de 2,3% pour le troisième trimestre.

Les dépenses personnelles de consommation se sont appréciées quant à elles sur un rythme de 3,1%, contre 3,2% de consensus et 2% pour la période antérieure. L’indice des prix rattaché au PIB du quatrième trimestre a grimpé sur un rythme de 7,1%, contre 6,9% de consensus.

Les inscriptions au chômage ont reculé aux Etats-Unis la semaine passée. Le Département américain au Travail vient en effet d’annoncer, pour la semaine close au 19 février, que les inscriptions au chômage ont atteint 232.000, en repli de 17.000 par rapport à la semaine antérieure. Le consensus était positionné à 235.000. La moyenne à quatre semaines s’établit à 236.250, en recul de 7.250.

D’après le rapport gouvernemental du jour aux USA, les ventes de logements neufs pour le mois de janvier 2022 sont ressorties au nombre de 801.000, très proches des attentes de marché, contre une lecture révisée à 839.000 pour le mois de décembre 2021. La précédente lecture de décembre se situait à 811.000.

Le pétrole à plus de 100$, l’or au plus haut depuis 13 mois

A l’annonce de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les cours du pétrole se sont envolés à des sommets, l’offensive russe en Ukraine suscitant des inquiétudes sur ses conséquences en matière d’approvisionnement énergétique mondial en cas de perturbations des livraisons de gaz russe à l’Europe.

Le baril de Brent a franchi les 100$ pour la première fois depuis 2014, bondissant de 6,7% jeudi soir à 103,40$ le baril (échéance avril), après avoir dépassé 105$ en séance. Le baril de brut WTI grimpait de 4,8% à 96,51$ (échéance avril) après avoir dépassé les 100$ plus tôt.

Sur le marché des changes, le dollar fait office de valeur-refuge. L’indice du dollar (qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises de référence) bondissait jeudi soir de 0,9% à 97,05 points, tandis que l’euro cédait 1% à 1,1195$. Le rouble russe de son côté chutait de 6,7% face au dollar à 86,92.

Sur les marchés obligataires américains, la fuite vers la sécurité a fait chuter les taux (qui évoluent en sens inverse des cours des obligations). Le rendement du T-Bond à 10 ans a fini la soirée à 1,94% (-5 points de base), tandis que le “2 ans” américain, qui reflète l’évolution des taux courts, se détendait de 8 points de base, à 1,52%.

L’or a profité des turbulences géopolitiques pour progresser de 0,8% jeudi soir à 1.926,30$ l’once, au plus haut depuis janvier 2021. Le bitcoin restait déprimé, retombant autour de 36.612$ jeudi soir, en recul de 2,5% sur 24h, selon le site Coindesk.

VALEURS A SUIVRE

eBay (-1,4%). Le géant des enchères en ligne a annoncé hier soir des trimestriels marqués par une belle performance dans le cloud, mais aussi des prévisions mitigées et une baisse du nombre d’utilisateurs. Pour son quatrième trimestre fiscal, le groupe californien a dévoilé un bénéfice net de 647 millions de dollars soit 1,05$ par titre, contre 591 millions de dollars un an avant. Les revenus se sont améliorés de 5% à 2,61 milliards de dollars. Le consensus était de 1$ de bpa et 2,6 milliards de recettes.

La guidance du premier trimestre ressort quelque peu décevante, le groupe tablant sur sur des revenus allant de 2,43 à 2,48 milliards, à comparer à un consensus FactSet de 2,61 milliards. Le bpa sur la période est attendu entre 1,01 et 1,05$, contre 1,08$ de consensus. En outre, eBay a terminé le quatrième trimestre avec un nombre d’acheteurs actifs de 147 millions, en retrait de 9% en comparaison de la période correspondante de l’an dernier. La valeur brute de marchandise vendue sur le site a baissé de 10% à 20,73 milliards de dollars.

Booking Holdings (-9,6%), le voyagiste en ligne américain, corrige à Wall Street, sur des chiffres matérialisant pourtant une reprise significative. Pour le quatrième trimestre fiscal, le bénéfice ajusté par action a été de 15,83$, contre 12,73$ de consensus. Sur la période comparable, l’an dernier, le groupe avait déploré une perte ajustée. Le bénéfice net a représenté 618 millions de dollars, contre une perte de 165 millions un an avant. Les revenus trimestriels ont totalisé 2,98 milliards de dollars, dépassant de 3% le consensus, contre 1,24 milliard un an plus tôt. La reprise est certes forte, mais l’environnement demeure volatil et la base de comparaison est trompeuse, après l’effondrement de la demande en 2020. Au quatrième trimestre 2019, le groupe avait dégagé un bpa de 13,86$ et réalisé des revenus de 3,21 milliards.

Le management du groupe se montre prudent, du fait des hauts taux d’infections dans certaines régions du monde et de l’incertitude géopolitique susceptible d’affecter les activités en Europe.

Moderna (+12%) rebondit, alors que le laboratoire américain vient de dépasser les attentes sur le trimestre clos, générant 6,9 milliards de dollars de revenus avec son vaccin anti-covid sur le quatrième trimestre. Pour le trimestre clos, le groupe a ainsi affiché un bénéfice net de 4,8 milliards de dollars et 11,29$ par action, contre une perte de 272 millions de dollars un an avant. Le consensus FactSet était d’à peine 10$ par titre. Le groupe tire l’essentiel de son activité de son vaccin Covid-19. Les revenus trimestriels totaux ont été de 7,2 milliards de dollars. Le vaccin a généré des ventes de 17,7 milliards de dollars l’an dernier. Sur l’exercice, Moderna a dégagé ainsi un bénéfice de 12,2 milliards de dollars, contre une perte de 747 millions en 2020.

Moderna table sur des ventes accrues de son vaccin pour le deuxième semestre, alors que le groupe anticipe que le virus devienne endémique, obligeant à des vaccins réguliers. Le laboratoire prévoit des ventes de 19 milliards de dollars sur le vaccin cette année (avec 3 milliards additionnels d’options), contre 18,5 milliards de dollars auparavant anticipé (avec 3,5 milliards d’options). Les discussions sont en cours concernant les commandes de vaccins pour l’année 2023. Moderna ajoute que son vaccin sera pricé favorablement (“sous sa valeur”) durant la période pandémique, mais que la stratégie de prix évoluera ensuite. Le groupe travaille aussi sur un nouveau booster (rappel) bivalent combinant un rappel spécifique à Omicron et son vaccin Covid-19 initial.

Newmont Mining ((1,3%), le groupe aurifère américain, devrait compter parmi les rescapés boursiers du jour, du fait des achats “refuge”. Le groupe du Colorado n’a pourtant pas publié des trimestriels d’excellente qualité ce jour. Le bénéfice ajusté du quatrième trimestre a chuté de 27%, avec les dépenses additionnelles liées au covid et la baisse des prix des métaux. Le bénéfice ajusté trimestriel par action a été de 78 cents, contre 77 cents de consensus de place.

Hertz Global (+11,7%) a battu le consensus sur le trimestre clos. Le groupe a annoncé pour le quatrième trimestre une perte de 260 millions de dollars et 1,52$ par titre, contre un déficit de 289 millions de dollars soit 1,85$ par action un an auparavant. Le bénéfice ajusté par action est ressorti positif de 91 cents, alors que les revenus se sont envolés de 78% à 1,95 milliard de dollars. Le groupe évoque une gestion disciplinée de la flotte, ainsi qu’une reprise continue des voyages. Le profit ajusté trimestriel atteint même un record, mais les coûts de restructuration post-faillite ont poussé le résultat net consolidé dans le rouge.

Alibaba (-4%), le colosse chinois du commerce en ligne, a annoncé de maigres résultats trimestriels. Les profits du groupe ont battu le consensus, mais les revenus sont ressortis décevants, affichant leur plus faible croissance en huit ans, depuis l’introduction en bourse de 2014. Le groupe chinois coté à Wall Street a annoncé un bénéfice ajusté par action de 2,65$ et des revenus de 38,06 milliards de dollars, alors que le consensus était de 2,55$ de bpa pour 38,9 milliards de dollars de facturations.

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