Au Japon, les grands réalisateurs se mobilisent pour sauver le cinéma nippon

« Il s’agit vraiment d’une question de vie ou de mort pour le cinéma japonais », n’hésite pas à affirmer le grand réalisateur japonais Suwa Nobuhiro, 62 ans, au terme d’une très longue conférence de presse mardi 14 juin à Tokyo devant des dizaines de journalistes japonais. Assis près de lui, Hirokazu Kore-eda, 60 ans, Palme d’or 2018 pour Une affaire de famille et Prix du jury en 2022 à Cannes pour Les Bonnes Étoiles, enfonce le clou : « Le cinéma japonais est en très grand danger et risque même de disparaître si on ne fait rien. »

« Il est temps d’agir »

De toute évidence, il y a urgence. Dans une des grandes salles de presse du Club des correspondants étrangers de Tokyo (FCC), au cœur du quartier d’affaires, une dizaine de réalisateurs, scénaristes, acteurs japonais parmi les plus célèbres du pays se sont réunis pour annoncer la fondation d’un cercle qui demande la création d’un Centre national du cinéma (CNC) calqué sur le modèle français de soutien au cinéma (1).

« On discute ensemble depuis 2020 sur le manque de financement public du cinéma japonais, explique en préambule Kore-eda. Il est temps de franchir une étape pour améliorer les conditions de travail de la profession dans son ensemble en créant un système de solidarité sur le long terme. Il faut éviter la déliquescence de notre cinéma. » Le cercle compte déjà près d’une trentaine de membres.

Les financements baissent, et la qualité aussi

Le ton est grave. Les mots sont forts. Mais la triste réalité l’est tout autant. Ainsi, 75 % des professionnels du secteur sont des « free-lance » dont le niveau de rémunération ne cesse de plonger au fil des années. Certains gagnent à peine leur vie, et un sondage professionnel s’alarmait du « temps de sommeil » de ces travailleurs de l’image : « entre quatre et six heures par jour ! », pour des productions très commerciales souvent de mauvaise qualité qui ne sont plus à la hauteur de celles des maîtres du passé.

Les financements baissent, et la qualité aussi. Vue d’Europe, cette situation semble impensable, « mais nous n’avons aucun soutien public au Japon », insistent-ils, et le cinéma dépend du ministère de l’économie… Il n’y a pas de ministère de la culture ici. Tout juste un sous-ministère des affaires culturelles.

« Je fais du cinéma depuis des années, insiste le réalisateur Kazuya Shiraishi, 47 ans. Auparavant, 100 % des professionnels du cinéma étaient employés à temps plein, il y avait une “famille du cinéma”, même les figurants étaient des employés salariés…» Sans même parler du harcèlement sexuel contre les femmes, « une calamité », juge Nishikawa Miwa, 54 ans, réalisatrice et romancière.

« Nous savons que cela ne sera pas facile »

On sent une grosse fatigue chez tous ces réalisateurs et réalisatrices : « On en a marre de ne parler que des conditions de travail déplorables de nos techniciens, acteurs, scénaristes… C’est devenu obsessionnel. Il est de notre responsabilité d’agir. Le cinéma en France est protégé par ce bouclier du CNC. »

Face à ces défis, ces professionnels s’engagent à faire bouger les choses, mais ils sentent que briser les conservatismes et les corporatismes va prendre beaucoup de temps. « Au moins, nous avons commencé à nous réunir entre réalisateurs, sourit Suwa Nobuhiro, une chose rare. C’est déjà un bon signe. Mais nous savons que cela ne sera pas facile. »

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Au Japon, les grands réalisateurs se mobilisent pour sauver le cinéma nippon