Covid, parole libérée, les politiques dans la tourmente… Les principaux événements en France en 2021

publié le samedi 25 décembre 2021 à 07h00

RÉTROSPECTIVE. Retour sur les phénomènes qui ont agité la France cette année. 

• Covid-19 : une année encore rythmée par les interdits

Les Français ont encore vécu en 2021 au rythme effréné des mesures gouvernementales anti-Covid, alors même que les hôpitaux souffraient d’un manque accru de personnel et de lits. La menace d’un variant plus contagieux; le Alpha, pousse le gouvernement à prolonger le 7 janvier la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels jusque mai-juin.

La campagne de vaccination débute lentement, freinée par des problèmes d’approvisionnement.

Suivent un couvre-feu à 18H00 généralisé le 16 janvier, des confinements régionaux ciblés en février et mars, une fermeture des écoles en avril, l’instauration en août d’un pass sanitaire contesté dans la rue et de l’obligation vaccinale pour les soignants, qui déclenche en novembre une violente crise sociale en Guadeloupe et en Martinique. 

A la fin de l’année, alors que sévit une cinquième vague de contaminations et qu’apparaît le variant Omicron, la France totalise plus de 120.000 morts du Covid-19. Un rappel de 3e dose de vaccin est instauré et la vaccination ouverte aux enfants de 5-11 ans à risques. 

• Inceste, MeToo#Medias: la parole se libère

Le livre de Camille Kouchner accusant son beau-père Olivier Duhamel d’inceste sur son frère jumeau entraîne, le 4 janvier, la démission du politologue de 70 ans de toutes ses fonctions, malgré la prescription des faits.  L’affaire ouvre une vague de libération de la parole sur les violences sexuelles sur mineurs. En avril, une loi précise que nul ne peut se prévaloir du consentement sexuel d’un enfant s’il a moins de 15 ans, ou moins de 18 ans en cas d’inceste.

Dans les médias, l’écrivaine Florence Porcel dépose plainte pour viol en février contre l’ex-présentateur de TF1Patrick Poivre d’Arvor. Lors de l’enquête préliminaire, neuf des 23 femmes qui témoignent portent plainte pour viol, agressions ou harcèlement sexuels, mais la majorité des faits reprochés étant prescrits, l’enquête est classée sans suite. En novembre, Mme Porcel renouvelle sa plainte.

Le parquet de Paris ouvre le même mois une enquête préliminaire concernant l’ex-animateur de TF1 et ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, accusé de viol et d’agressions sexuelles par plusieurs femmes. Des faits qu’il nie, tout en se retirant de la vie publique.

• Algérie, Rwanda : la France face à son passé

Fort d’un rapport très attendu de l’historien Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron décide le 20 janvier la tenue d’une série d'”actes symboliques” en France – hommage aux harkis, aux victimes algériennes de la répression du 17 octobre 1961 à Paris – mais ne prévoit “ni repentance, ni excuses”.  Il reconnait “au nom de la France” que l’avocat nationaliste algérien Ali Boumendjel a été “torturé et assassiné” par l’armée française, puis facilite l’accès aux archives classifiées. Ses propos sur une “rente mémorielle” entretenue par le pouvoir en Algérie avivent toutefois les tensions avec Alger, qui rappelle son ambassadeur à Paris le 2 octobre. 

Le 27 mars, un autre rapport d’historiens qualifie de “faillite” la politique de la France au Rwanda entre 1990 et 1994 et souligne ses responsabilités “accablantes” dans le génocide des Tutsi. Deux mois plus tard à Kigali, Emmanuel Macron reconnaît les “responsabilités” de la France dans le génocide, sans toutefois présenter d’excuses.

• Climat : objectifs non tenus

Le 3 février, la justice administrative, saisie par quatre ONG soutenues par une pétition ayant réuni plus de 2,3 millions de signatures, juge l’Etat “responsable” de manquements dans la lutte contre le réchauffement climatique. En octobre, elle ordonne à l’Etat de “réparer” d’ici au 31 décembre 2022 les conséquences de ses engagements non tenus.

Le 1er juillet, dans une autre procédure, le Conseil d’Etat donne neuf mois au gouvernement pour prendre “toutes les mesures utiles” pour atteindre son objectif de baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Le 20, le Parlement adopte un projet de loi climat qui marque selon le gouvernement un “tournant écologique”, mais est vivement critiqué par les ONG pour son “manque d’ambition”. L’exécutif a notamment renoncé à inscrire le climat dans la Constitution par référendum.

• Prison ferme pour Sarkozy

Le 1er mars, Nicolas Sarkozy devient le premier ancien président de la Ve République condamné à de la prison ferme, un an pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite des “écoutes”.  Le 30 septembre, il est à nouveau condamné à trois ans d’emprisonnement, dont un ferme pour le financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012 dans le dossier Bygmalion. Il fait appel.

• Loi sécurité globale adoptée, mais censurée

Bien que très contestée, la proposition de loi LREM dite de “Sécurité globale” est adoptée le 15 avril au Parlement, mais censurée ensuite en plusieurs points par le Conseil constitutionnel, qui refuse notamment l’utilisation de drones par les forces de l’ordre lors de manifestations et le délit de provocation à l’identification de policiers.  Le 10 juin, nouveau désaveu pour le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin : le Conseil d’État annule plusieurs dispositions phares du schéma du maintien de l’ordre, dont la technique controversée dite de la “nasse”.

• Policiers en colère

Le 23 avril, un Tunisien tue à coups de couteau une fonctionnaire de police non armée dans le commissariat de Rambouillet (Yvelines) et est abattu. Le 5 mai, un policier est tué par balles lors d’un contrôle à Avignon. Les syndicats de police réclament une réponse pénale plus forte contre ceux qui s’attaquent aux forces de l’ordre. Le 10 mai, le Premier ministre Jean Castex annonce un durcissement des peines en ce sens. 

Le 19, des milliers de policiers se rassemblent à l’appel de leurs syndicats devant l’Assemblée nationale pour dénoncer l’inadéquation selon eux de la réponse judiciaire aux violences qu’ils subissent. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin est présent, tout comme le premier secrétaire du PS Olivier Faure. Le leader de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon dénonce une manifestation à caractère “factieux”, l’institution judiciaire étant prise pour cible.

• Fin de l’opération Barkhane au Sahel

La France annonce en juin qu’elle va mettre un terme d’ici au premier trimestre 2022 à l’opération antijihadiste française Barkhane au Sahel, en quittant notamment les bases les plus au nord du Mali et en réduisant ses effectifs à 2.500-3.000 hommes contre plus de 5.000 aujourd’hui. 

52 soldats français ont été tués au combat au Sahel depuis 2013 dans les opérations antijihadistes Serval puis Barkhane, auxquels s’ajoutent sept morts par accident.

• Médias : Bolloré en coulisses

Grève de six jours en juin et départs en cascade à Europe 1 après le rapprochement annoncé avec la chaîne d’informations CNews qui a propulsé la carrière du polémiste d’extrême-droite Eric Zemmour, remaniements soudains à la tête de Paris Match et du JDD : à l’approche de la présidentielle, des journalistes dénoncent une forte influence en coulisses du milliardaire Vincent Bolloré qui menace leur indépendance.

• Réforme contestée de l’assurance chômage  

Le 22 juin, revers pour le gouvernement, le Conseil d’Etat suspend la réforme controversée de l’assurance chômage qui devait entrer en vigueur le 1er juillet en raison de l’instabilité de l’emploi. Les syndicats saluent une “victoire”, mais la ministre du Travail évoque un simple report.

Le 1er octobre, le durcissement des règles de calcul de l’allocation chômage entre finalement en vigueur et, le 27, le Conseil d’Etat rejette en référé les recours des syndicats qui jugent la réforme “injuste” pour les demandeurs d’emploi.

• Des ministres dans la tourmente judiciaire

Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti mis en examen en juillet pour “prise illégale d’intérêts” par la Cour de justice de la République (CJR), Agnès Buzyn qui suit en septembre pour “mise en danger de la vie d’autrui” lors de sa gestion de l’épidémie de Covid-19, et Alain Griset (ministre des PME) condamné le 8 décembre à six mois de prison avec sursis pour des déclarations de patrimoine incomplètes et qui présente sa démission du gouvernement dans la foulée… Un nombre impressionnant de ministres du gouvernement de Jean Castex se sont retrouvés aux prises avec la justice en 2021. 

Sébastien Lecornu (Outremer) et Olivier Dussopt (Fonction publique) sont aussi l’objet d’enquêtes du Parquet national financier (PNF).

• Congé paternité et PMA pour tous

Le 1er juillet, le congé paternité des pères français est porté à 28 jours contre 14 précédemment, ce qui marque une forte avancée sans mettre encore la France au niveau de certains de ses voisins.

Jusque-là réservée aux couples hétérosexuels avec des problèmes de fertilité ou de maladie grave transmissible, la Procréation médicalement assistée (PMA) s’ouvre aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires par une loi de bioéthique promulguée le 2 août.

• Cinéma : les réalisatrices françaises à l’honneur 

En juillet, le Festival de Cannes couronne Julia Ducournau pour son film “Titane”. A 37 ans, elle devient la deuxième réalisatrice de l’histoire du festival après Jane Campion à recevoir la Palme d’or. Deux mois après, Audrey Diwan reçoit le Lion d’or à la Mostra de Venise pour “L’événement”, un film sur l’avortement tiré d’un livre d’Annie Ernaux.

• Procès des attentats du 13 novembre

Le 8 septembre, le procès très émouvant des attentats du 13 novembre 2015, les pires attaques jihadistes commises sur le sol français (130 morts et plus de 350 blessés), s’ouvre devant la cour d’assises spéciale de Paris en présence de 20 accusés, dont Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos.

Verdict attendu en mai 2022.

• Crise des sous-marins

Le 15 septembre, le Premier ministre australien annonce que son pays va se doter de sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre d’un nouveau partenariat avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Le contrat français passé avec Canberra en 2016, d’un montant de 56 milliards d’euros pour la fourniture de 12 sous-marins conventionnels, est de fait rompu. La France déplore “un coup dans le dos” et rappelle pendant quelques jours ses ambassadeurs à Canberra et Washington dans un geste sans précédent.

• L’église et la pédocriminalité

Le 5 octobre, une Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église estime dans un rapport retentissant à 330.000 le nombre de mineurs ayant fait l’objet de violences sexuelles de la part de religieux ou de personnes en lien avec l’Église depuis 1950. 

Un mois plus tard, les évêques de France réunis à Lourdes reconnaissent “la responsabilité institutionnelle de l’Église” et la “dimension systémique” de ces crimes. Une instance est chargée d’indemniser les victimes.

• Ligue des Nations, JO : les points marqués

Après le fiasco de l’Euro, l’équipe de France remporte le 10 octobre la Ligue des nations face à l’Espagne (2-1).

Avant elle, en août, les handballeuses et les volleyeurs français remportent l’or à Tokyo pour la première fois aux JO. Les handballeurs pour la 3e fois.                               

En judo, la Française Clarisse Agbégnénou se distingue en raflant deux médailles d’or (solitaire et équipes mixtes).

• Naufrage tragique de migrants

Le 24 novembre, le naufrage d’une embarcation de fortune coûte la vie à au moins 27 migrants partis de Calais pour tenter de rejoindre clandestinement la Grande-Bretagne, et entraîne une crise diplomatique entre Paris et Londres. Le 29, Gérald Darmanin demande un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni pour endiguer les traversées de la Manche par des migrants illégaux.

• Joséphine Baker au Panthéon

Résistante, militante antiraciste, l’artiste franco-américaine Joséphine Baker fait son entrée le 30 novembre au Panthéon, devenant la première femme noire à rejoindre les grandes personnalités qui y sont inhumées.

• Présidentielle : des candidats se déclarent

Le taux d’abstention presque record depuis le début de la Ve République enregistré aux élections régionales de mars (66,7%) interroge l’engagement des électeurs français dans le scrutin de 2022.

Dans la course interne aux partis pour être candidat à la présidentielle, l’eurodéputé Europe Ecologie les Verts (EELV) Yannick Jadot bat d’une courte tête l’écoféministe Sandrine Rousseau lors d’une primaire fin septembre.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, est investie par le parti socialiste (PS) le 15 octobre, tandis que Marine Le Pen transmet à ses troupes la direction du Rassemblement national (RN) pour se consacrer à la campagne.

Fabien Roussel est investi par le Parti communiste (PCF) pour porter ses couleurs en 2022.

Le 30 novembre, le très médiatique polémiste d’extrême-droite Eric Zemmour annonce sa candidature après avoir troublé le jeu à droite pendant des mois, et les adhérents du parti Les Républicains (LR) élisent Valérie Pécresse (61%) face à Eric Ciotti (39%) comme candidate le 4 décembre. 

Accusé par ses opposants de faire déjà campagne, Emmanuel Macron n’a lui pas encore fait connaître son éventuelle candidature.

 

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