Faucon ? Ou plus faucon que faucon ? Faut qu’on m’explique ! – investir.ch

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais ce soir la FED va annoncer qu’ils montent les taux. Oui, ils vont annoncer qu’ils montent les taux pour la seconde fois de l’année, mais ça sera pire que la première fois, puisque cette fois ça sera une hausse de 0.5% et pas de 0.25% comme la dernière fois. Au moins c’est une certitude. Ou presque. Depuis 48 heures (ou peut-être même un peu plus), tout le monde est en train d’aiguiser son savoir en « vision du futur » pour savoir si Monsieur Powell va effectivement se tenir à ses 0.5% en mai, puis en juin, puis en juillet – ce que le marché semble presque prêt à accepter – ou alors, est-ce qu’il va disjoncter et faire disjoncter le marché ?

L’Audio du 4 mai 2022


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Les mots auront leur importance ce soir

On ne va pas se mentir ; le sujet du moment c’est clairement ce qui va se dire ce soir – vers 20h00, heure de Saint-Arnac dans les Pyrénées-Orientales – qui va déterminer la suite des évènements. Qui va nous permettre de savoir si l’on peut rebondir sur ce qui reste de supports sur le Nasdaq ou sur le S&P. Entre-deux, on peut continuer à interpréter les chiffres du trimestre de Lyft, de Uber ou de Chegg, mais ces derniers ne sont que détail par rapport à ce que Powell peut nous sortir. J’ai presque envie de dire que l’on va se concentrer sur la grammaire ET l’orthographe du communiqué de presse de la FED pour savoir s’il y a un mince espoir de sauver les meubles dans cette première partie de l’année qui ressemble plus à un champ de bataille qu’à un marché boursier classique. Tiens, d’ailleurs, c’est quoi un marché boursier classique ?

Quoi qu’il en soit, on sait tous que ce soir nous allons avoir droit à une hausse de 0.5%. Ensuite il faudra voir si Powell est un faucon de base ou si ce soir il aura décidé d’être un vrai faucon de compétition. S’il devait se montrer plus « hawkish » qu’il ne l’est déjà, autant vous dire que l’on ne va même pas parler de la hausse des taux de 0.5%, mais on va déjà envisager une hausse de 0.75% en juin, une de 1% en juillet et qu’ensuite on va parier sur des taux à 6% à la fin de l’année, tout en faisant un barbecue de Bulls qui se seront fait massacrer par la presse entre deux.

On sait que l’on ne sait jamais

Pour faire simple, on sait que la FED est « hawkish » et qu’elle doit absolument agir pour freiner l’inflation. Absolument trouver un moyen de faire baisser ces chiffres qui continuent de stresser le marché comme jamais – on a encore vu les chiffres du PPI en Europe qui sont en augmentation de 36% sur 12 mois, si l’on ne fait rien, si les banques centrales continuent de « laisser faire », tout va partir en vrille. Il est donc primordial que la FED montre son intention de contenir cette inflation. Mais pas trop. Si elle se montre trop « agressive », on va voir arriver la récession sur son cheval noir, sa faux et son grand fusil et ça ne va pas plaire au marché.

Le job de Powell se rapproche un peu de celui du neurochirurgien qui doit entamer une opération du cerveau avec un couteau à pain et une scie circulaire comme seuls instruments. La moindre erreur ne lui sera pas pardonnée. Même pas tolérée. Ça sera le bain de sang assuré. Hier on a donc passé notre journée à se projeter dans l’avenir et à simuler des situations éventuelles qui pourraient éventuellement se produire ce soir. Et puis comme à la fin on s’est rendu compte que l’on n’en savait rien et que tout pouvait arriver, les marchés n’ont pas fait grand-chose, si ce n’est écouter benoîtement quelques spécialistes du monde merveilleux de l’investissement qui se lançaient dans des grands discours vides de sens en espérant laisser traîner deux ou trois mots qui leur permettraient peut-être de nous dire demain « qu’ils nous avaient dit », parce qu’eux, ils sont trop forts. La plus belle déclaration que j’ai trouvé dans les médias hier, c’était quand même un type qui disait que : « le marché était plutôt confiant de ce que Powell allait dire et faire ce soir et qu’ensuite (après 20h00) on allait pouvoir continuer le RALLYE entamé lundi ».

Le RALLYE entamé lundi. J’adore. En deux jours on est monté de 0.4% sur le Nasdaq et on parle déjà de « continuation du Rallye ». On a connu des films qui ont gagné la palme d’or à Cannes qui étaient moins chiant que ça.

Toujours les mêmes thèmes à côté

Bref, comme d’habitude quand on ne sait pas, on dit n’importe quoi sachant que tout le monde aura oublié demain, lorsque l’on saura ce que Powell a dit et que l’on pourra à nouveau spéculer sur ce qu’il va faire les 12 prochains mois. Je dis bien SPÉCULER, parce qu’il ne faut pas rêver ; il ne va PAS nous dire :

« Je vais monter les taux de 0.5% en juin également, puis de 0.75% en juillet. Ensuite je monterai les taux de 1% en septembre et de 0.5% en octobre et après on verra »

Ça sera bien plus subtile que ça. Et ça laissera bien plus de place à l’interprétation pour que toute la tripotée d’analystes et d’économistes qui peuplent le monde merveilleux de la finance puissent se perdre en conjectures et en spéculation sur l’avenir des bourses mondiales jusqu’au prochain meeting du mois de juin. En attendant ce soir, on aura donc passé notre journée à récupérer de la journée de la veille en Europe, à analyser les chiffres qui sont sortis hier et à se demander si le boycott européen sur le pétrole va faire monter le baril et augmenter les risques de récession ou si le fait que les Chinois soient tous confinés un jour sur deux va faire baisser le prix du baril parce qu’ils ne vont plus JAMAIS consommer. Oui, en ce qui concerne le baril, c’est devenu un match de ping-pong entre la Chine et l’Europe – sauf hier où on aura quand même vu des vendeurs sur le baril qui, je cite : se méfiaient des inventaires.

Ce qui est exceptionnel, puisque l’on sait que depuis que les inventaires pétroliers ont été inventés et qu’on a décidé que tous les mercredi soir, un type de l’EIA viendrait nous dire qui a le plus de bidons de pétrole dans ses réserves stratégiques secrètes. Eh bien depuis ce jour-là, JAMAIS on a réussi à être juste sur une prévision d’inventaire. Mais hier soir on se méfiait de la Chine et des inventaires. Et aussi un peu du fait que l’Allemagne a dit hier matin qu’ils n’accepteraient pas le chantage des Russes sur le pétrole – ce qui aurait tendance à nous laisser croire à un boycott – et que dans la soirée, les gars sont revenus pour dire qu’ils ne céderait pas au chantage, mais que si on boycottait le pétrole russe, ça allait être « bien la merde au niveau économique en Europe ». Cette limpide clarté de la part de l’Allemagne a donc mis le doute chez tout le monde. Toujours est-il que ce matin le baril se traite toujours au-dessus des 100$ et est toujours en zone de « risque de récession ». Et ce même s’il est passé de 105$ et des poussières à 103$ et des poussières.

Les chiffres du trimestre

Autrement on continue de s’intéresser aux chiffres du trimestre et on continue à se faire balader dans tous les sens en fonction de l’interprétation que l’on en fait. Une chose est certaine, il ne faut pas avoir un pacemaker pour faire du trading en ce moment. Et encore moins « jouer » les résultats en achetant un titre « juste avant les publications ». Ceux qui ont essayé sur Netflix y a deux semaines n’ont même pas encore commencé à cicatriser et ceux qui ont « essayé de se refaire » sur Lyft hier soir auront regretté de ne pas avoir plutôt shorté Chegg la veille.

Chegg a publié des chiffres décevants lundi soir et s’est fait littéralement massacrer durant la séance d’hier. Le titre plongeait de 37% durant la séance. Grosso modo, pour vous donner un exemple de la tolérance et de la compréhension dont font part les investisseurs vis-à-vis des sociétés, on retiendra que Chegg a annoncé un bénéfice de 32 cents par action, contre 8 attendu par le marché – ce qui peut être considéré comme un bon chiffre – mais ensuite ils ont dit que le reste de l’année serait très compliquée, que les gens préféraient avoir un salaire plutôt qu’un diplôme et que l’inflation c’était trop dur.

Ils n’ont pas mis la faute sur la guerre en Ukraine, ils n’ont pas osé. Toujours est-il que l’on n’a pas hésité une seconde en appliquant la bonne vieille stratégie du « si ta guidance est pourrie, tu ne vaux même pas un rouble ». Stratégie qui a d’ailleurs été mise en place sur Lyft hier soir. Lyft qui a publié des chiffres meilleurs que les attentes, mais qui s’est montré méfiant pour le reste de l’année. Quand je me suis couché à 23h hier soir, le titre était en baisse de près de 30%, embarquant UBER avec lui, en signe de solidarité. UBER qui n’a rien demandé et qui ne publiera d’ailleurs que ce soir. Et tout le monde s’en foutra puisque l’on sera trop occupé à relire la déclaration de Powell qui sera sortie deux heures auparavant.

En Asie ce matin..

Ce matin, du côté de Shanghai on fête toujours le travail et c’est toujours fermé. En tous les cas, on ne peut pas reprocher aux Chinois de ne pas savoir profiter des jours fériés. Nous en Europe on a un jour de congé et en plus, cette année c’était un dimanche, mais en Chine, BAM ! 3 jours d’affilée. Pendant ce temps, les vils capitalistes de Hong Kong sont ouverts et sont en baisse de 1%. Quant au Japon, c’est vacances aussi. Au moins ne se pose pas de question sur ce que l’on va faire de son portefeuille avant le discours de Powell. Marché fermé, problème réglé.

Pendant ce temps, le Bitcoin traite sous les 38’000$, L’OR est à 1864$, l’Ether à 2’800$ et le pétrole attend toujours des nouvelles du grand timonier de l’Europe pour savoir s’il remonte à 135$ parce que boycott, ou s’il redescend à 91$ parce que la Chine va fêter le travail pendant plusieurs semaines en confinant tout le monde.

Les nouvelles du jour

Dans les nouvelles du jour, on notera que les gourous sont de sortie. Hier Ray Dalio a estimé que les bulle des titres d’hyper-croissance avait explosé – merci on n’avait pas vu – on pense tout particulièrement à Cathie Wood qui est en train de faire des incantations vaudou pour que Tesla ne baisse pas, puisque c’est plus ou moins le seul titre de son portefeuille qui n’a pas encore baissé de plus 40%. Néanmoins, Dalio estime que c’est bien trop tôt pour racheter, parce qu’une bulle dégonflée, ça prend du temps à se regonfler. La preuve, on n’a toujours pas revu les prix payés sur les bulbes de tulipes en février 1637.

Il y a aussi Paul Tudor Jones qui estime que le marché est dangereux et qu’il ne faut surtout pas acheter d’actions et encore moins d’obligations – il a ajouté qu’il n’arrive pas à penser à un pire moment pour investir (il dit ça parce que Poutine n’a pas encore utilisé l’arme nucléaire). Pour vivre heureux, restons cash. On retiendra aussi que malgré son rebond de 3% hier soir, Boeing vaut aujourd’hui moins de 100 milliards de capitalisation boursière. Même carrément 90 milliards. Ce qui le place très loin au classement derrière des boîtes comme Lockheed, Raytheon, Airbus et même… SpaceX. Oui, actuellement, si l’on se base sur les derniers rounds de financement d’Elon Musk pour sa boîte de fusées, SpaceX vaut plus que Boeing. Même plus qu’Airbus. Intéressant quand même. Et puis toujours à propos de Musk, on apprend aussi qu’il pense qu’il remettra Twitter en bourse dans « quelques années », histoire de faire fructifier son capital. Et qu’il envisage de faire payer les gouvernements qui voudront utiliser Twitter !

Autrement, le patron de Biogen a démissionné parce que leur médicament contre Alzheimer fonctionne aussi bien que l’aspirine. Airbnb a battu les attentes alors que tout le monde voyage à nouveau. Après la sixième dose, mais tout le monde voyage. Le titre prenait près de 6% hier soir. AMD a pulvérisé les attentes et semble immunisé contre le ralentissement des ventes de PC, le titre était en hausse de 7% after close et puis Starbucks a fait mieux que les attentes, refusait de donner une guidance pour le reste de l’année parce que la Chine, c’est compliqué et le titre prenait quand même 5.6% hier soir tard. Et puis, pour se chauffer pour ce soir, un sondage de CNBC démontre que 57% des experts qui ont été sondés parient sur le fait que la hausse des taux en cours va nous emmener en récession. 33% pensent que ça n’est pas le cas et les 10% qui restent, ne savent pas. Début de réponse ce soir.

Chiffres du jour

Côté chiffres du jour. Inutile que je vous parle de la FED ce soir. Par contre, il y aura les chiffres de Moderna, Uber, Etsy et Twilio. Et en Europe, il y aura Volkswagen, Geberit, Swatch, EDF, Ferrari et Telecom Italia. Parmi d’autres. Pour les chiffres économiques, il y aura plein de PMI’s, d’ISM et les chiffres de l’emploi ADP… mais c’est surtout à 20h que ça va chauffer. Ce soir va falloir suivre autre chose que « Scènes de Ménage » et se concentrer sur l’économie.

Pour le moment les futures ne font strictement rien et nous sommes dans les starting-blocks. Il me reste donc à vous souhaiter une bonne journée de médiation. Vivez dans l’instant présent en attendant la sentence et son interprétation dans quelques heures. Et puis, quoi qu’il arrive, on se retrouve demain !

Bonne journée !!!

Thomas Veillet

Investir.ch

“Though no one can go back and make a brand new start, anyone can start from now and make a brand new ending.”

– Carl Bard

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Faucon ? Ou plus faucon que faucon ? Faut qu’on m’explique ! – investir.ch