Les 40 figures qui ont fait 2021 – Les Inrocks

Qui a fait bouger 2021 ? Voici 40 personnalités, choisies très subjectivement par la rédaction des Inrocks, qui ont contribué à redéfinir la culture ces derniers mois. Et qui définiront certainement notre facile de vivre 2022.

1. Daft Punk (robots)

L’annonce de leur séparation a provoqué un raz-de-marée émotionnel, submergeant toute la planète. C’est que ce groupe est à peu près le seul à avoir touché durablement toutes les générations : de celles qui l’ont connu à ses débuts à celles qui le découvrent aujourd’hui et n’en finissent pas d’en faire l’étendard d’une musique en perpétuelle réinvention, souvent clandestine, souvent festive, souvent onirique, souvent audacieuse.

Cela dit, leur séparation n’était pas inattendue : à regarder leur discographie, il était clair que, à la façon des Beatles, ils s’arrêteraient et termineraient leur existence de robots et leur manière ambitieuse, longue et assidue de faire de la musique. De Homework à Random Access Memories, leur musique aura été plus que redécouverte cette année, et sa réécoute aura d’autant plus bouleversé qu’elle s’est réalisée dans une année de pandémie, à un moment où les un·es et les autres n’auront eu de cesse de réévaluer ce qui était véritablement essentiel.

En 2022, nous guetterons avec d’autant plus de bienveillance les projets qui succéderont au duo : la musique que Thomas Bangalter compose pour une œuvre du chorégraphe Angelin Preljocaj et, murmure-t-on, le premier album solo de Guy-Man. Après tout, dans le panthéon des Beatles, certains des plus beaux disques (Ram de McCartney, Imagine de Lennon, All Things Must Pass de Harrison) datent d’après la séparation… J. G.

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2. Julia Ducournau (réalisatrice)

Femme, française, jeune, et pour la première fois en compétition avec son deuxième long métrage : on ne peut pas dire que Julia Ducournau arrivait à Cannes avec de fortes probabilités statistiques de décrocher la Palme d’or. Mais l’originalité et la contemporanéité de Titane l’ont emporté.

La force prototypale du film, son vif succès à l’international (qui compense un score modeste au box-office français) permettent désormais de tout envisager pour la jeune cinéaste (un film à Hollywood ?). Beaucoup de portes lui sont ouvertes et seul son désir déterminera l’endroit où rebondira son œuvre atypique et frondeuse. J.-M. L.

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Clara Luciani © Alice Moitié/Universal

3. Clara Luciani (musicienne)

Écoutez bien son morceau, Le Reste, et laissez-vous aller à son album, sorti en juin dernier : cette jeune chanteuse a saisi l’époque à bras-le-corps, et s’est même inscrite en faux contre la morosité des derniers mois.

Ses chansons sont des exorcismes discoïdes qui disent la nécessité immédiate de chanter, danser, bouger, avancer, aimer, oublier, aimer à nouveau. Et tout cela en résonance avec un cercle très vertueux qui démarre depuis son fil Instagram où elle dit en permanence sa ferveur musicale, et sa soif d’être face à un public, jusqu’à ses concerts, performances évoquant au débotté un mélange réussi entre des souvenirs de Led Zeppelin et de Spacemen 3 mêlés à des shows TV 70’s.

Le tout habillé par la marque la plus folle de ces dernières années, Gucci, dont elle est l’une des muses contemporaines. Sa façon de circuler entre tout cela est plus que fascinante : elle est au coeur, justement, de l’époque et des années qui viennent. J. G.

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4. Léa Seydoux (actrice)

Du cinéma d’auteur le plus prestigieux, français (Bruno Dumont, Arnaud Desplechin) comme international (Wes Anderson), jusqu’au plus puissant blockbuster de l’année (le très beau Mourir peut attendre), Léa Seydoux est le ciment qui, par sa présence contenue et cette légère réserve cernée de mystère, clé de sa fascinante cinégénie, fait tenir ensemble les pans les plus opposés du meilleur cinéma mondial. Et c’est loin d’être fini : on la retrouvera en 2022 chez David Cronenberg, Mia Hansen-Løve et Bertrand Bonello. J.-M. L.

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5. Gisèle Vienne (chorégraphe, metteuse en scène)

Après une longue attente – décès d’une actrice, succession de confinements –, la metteuse en scène et chorégraphe franco-autrichienne Gisèle Vienne a enfin pu créer L’Étang, d’après Robert Walser, joué avec une rare incandescence par Adèle Haenel et Ruth Vega Fernandez. Ce spectacle ouvrait le Portrait que lui consacre cette année le Festival d’Automne à Paris avec six spectacles et performances qui se clôturera en beauté en janvier 2022 avec le splendide et fantomatique This Is How You Will Disappear. F. A.

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6. Christine Angot (écrivaine)

Elle n’a cessé de prendre la parole contre Éric Dupont-Moretti, de se battre contre sa loi prônant un seuil de non-consentement à l’inceste à 18 ans, et a signé le roman le plus puissant de la rentrée, celui qui montre au plus précis ce que c’est qu’un inceste. Vingt-deux après L’Inceste (Stock), qui avait suscité un accueil clivé, il semblerait que Christine Angot ait enfin été comprise avec Le Voyage dans l’Est (Flammarion). Elle a reçu le prix Médicis. Et nous lui avons attribué le prix Les Inrockuptibles. N. K.

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Les 40 figures qui ont fait 2021 Les Inrocks
Juliette Armanet © Studio l’Etiquette/Universal

7. Juliette Armanet (musicienne)

Sous la double pression critique et publique de son premier album à succès (Petite Amie, 2017), la chanteuse lilloise n’a pas failli, profitant des mois confinés pour s’entourer des producteurs les plus en vue de l’Hexagone (SebastiAn, Yuksek, Victor Le Masne) et lui composer un successeur moins disco, plus glam et ardent comme son titre (Brûler le feu). Avant de partir en tournée triomphale en 2022, Juliette Armanet fut, avec Malik Djoudi, l’une des artistes qui, pendant la pandémie, lança le mot d’ordre : “La musique sans public, c’est non !” F. V.

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8. Mona Chollet (essayiste)

Faites le test : achetez Réinventer l’amour – Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles (Zones/La Découverte) et comptez vos ami·es qui veulent absolument vous l’emprunter. Déjà autrice d’un best-seller, Sorcières – La Puissance invaincue des femmes (Zones/La Découverte, 2018), vendu à plus de 250 000 exemplaires, Mona Chollet, devenue une véritable icône générationnelle, continue sur sa lancée avec ce texte couronné de notre prix de l’essai 2021. Il se classe, en effet, dans les meilleures ventes depuis sa sortie, faisant même mieux que le livre d’Éric Zemmour certaines semaines. On ne va pas s’en plaindre. A. Q.

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Lala &ce © Pierre-Ange Carlotti/Le Bureau de Sarah

9. Lala &ce (rappeuse)

Avec son premier album, Everything Tasteful, Lala &ce pulvérise les stéréotypes en proposant un rap différent, mouillé dans une brume rivée sur la sensualité lesbienne. Originaire de Lyon, désormais établie à Paris, elle a monté son collectif et label &ce Recless, une deuxième famille artistique et décalée, nouveaux jeunes gens modernes des années 2020. Et s’est lancée dans une comédie musicale atypique, Baiser mortel, avec le producteur Low Jack et la chorégraphe Cecilia Bengolea, produite et présentée à la Bourse de Commerce – Pinault Collection à la fin d’octobre, entre deux défilés et campagnes de mode (Mugler, Moncler…). C. B. 

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10. Valérie Lemercier (actrice, réalisatrice)

Depuis vingt-cinq ans, elle s’obstine à imposer une façon de faire et une inspiration totalement personnelles au cœur d’un territoire plutôt porté sur un formatage forcené : la comédie populaire française. La greffe ne prend pas à tous les films, mais avec Aline, la réussite (sur une idée vraiment casse-gueule) tient du miracle. J.-M. L.

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Marine Serre © PR Consulting

11. Marine Serre (styliste)

C’est un croissant de lune, quelque part entre le motif islamique et la virgule de Nike, qui fait connaître – entre autres – cette originaire de la Corrèze au grand public, et qui arrivera jusqu’à Beyoncé et la famille Kardashian. Tout juste un an après sa sortie de L’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles, alors qu’elle œuvre dans le studio Balenciaga sous Demna Gvasalia, elle remporte le prestigieux LVMH Prize. La récompense salue une esthétique unique qu’elle ne cesse d’approfondir, mêlant sci-fi dystopique, notes de new age et upcycling. Un message d’époque et d’espoir ? A. P.

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12. Tiago Rodrigues (metteur en scène)

En ouvrant la 75e édition du Festival d’Avignon avec La Cerisaie d’Anton Tchekhov et sa distribution exceptionnelle – dont Isabelle Huppert dans le rôle principal –, le metteur en scène portugais Tiago Rodrigues faisait l’événement. Mais l’annonce de sa nomination à la direction du festival le jour de la première redoubla notre plaisir. Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à diriger avec brio le Théâtre national Dona Maria II à Lisbonne, poste qu’il occupe depuis 2014. Un boulimique à l’infini talent. F. A.

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13. Thomas Lilti (réalisateur, scénariste)

La meilleure série française de l’année lui est due. Politique et romanesque, Hippocrate saison 2 a inspecté en profondeur les abîmes de l’hôpital public, en plein dans l’époque. Thomas Lilti a non seulement coécrit l’ensemble des épisodes, mais les a également réalisés, unique exemple de showrunner à la française responsable de chaque parcelle de fiction proposée à l’écran. Accro au travail, il devrait à la fois poursuivre cette belle série et revenir au cinéma où il s’était fait connaître avec Hippocrate ou encore Première Année. O. J.

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14. Christian Thorel (libraire)

Il est devenu la figure de proue de celles et ceux n’ayant cessé de défendre les librairies indépendantes comme “essentielles”, n’en déplaise à notre gouvernement (et à Amazon), alors qu’elles étaient injustement fermées pour cause de pandémie. Auteur en avril d’un bel essai sur le sujet – Essentielles Librairies (Tracts/Gallimard) –, Christian Thorel, directeur de la librairie indépendante toulousaine Ombres blanches de 1978 à 2018, a martelé au gré d’interviews à quel point les librairies “sont des lieux nécessaires à notre équilibre mental et moral”. Ça ne fait pas de mal de le rappeler. A. Q.

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Vincent Lindon © Carole Bethuel/Diaphana

15. Vincent Lindon (acteur)

Puissant comme un pompier bodybuildé aux muscles renflés et luisants, vulnérable comme un père endeuillé s’entêtant dans le déni, érotisé comme jamais, totalement détraqué, Vincent Lindon étonne dans Titane et manifeste d’une mobilité et d’une disponibilité aux univers d’auteur·trices les plus singulier·ères et remarquables. J.-M. L.

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16. David Elkaïm et Vincent Poymiro (scénaristes)

Le duo, qui s’est rencontré il y a une décennie en cocréant Ainsi soient-ils, a cartonné en dirigeant l’écriture de la première saison du succès surprise d’Arte, En thérapie. Après la diffusion, David Elkaïm et Vincent Poymiro ont quitté la série en soulignant la faible place qui leur avait été réservée dans la promotion, déclenchant de nombreuses prises de parole chez les scénaristes français·es trop peu considéré·es. De son côté, Poymiro a également coécrit avec le réalisateur Arthur Harari l’un des plus beaux films de ces derniers mois, Onoda. O. J.

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Laylow © Ilyes Griyeb

17. Laylow (rappeur)

Dans le circuit rap depuis quelques années, le Toulousain de 28 ans, a sorti cette année L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, un second album défloré par un court métrage ambitieux, totalement autoproduit, convoquant les références à la pop culture (Tim Burton, Matrix). Car, outre la sidérante évolution formelle et esthétique de Laylow, qui s’impose comme un artiste iconoclaste dans le paysage français, c’est son modèle économique, basé sur une indépendance totale, qui vient troubler l’équilibre d’une industrie en mutation accélérée. En suscitant au passage quelques vocations. F. M.

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18. Anaïs Demoustier (actrice)

Elle est Léa dans Chère Léa de Jérôme Bonnell, Anaïs dans Les Amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Tacquet (la plus belle découverte de l’année), la pièce rapportée (meuf rusée incrustée dans une famille de gros bourges) dans La Pièce rapportée d’Antonin Peretjatko : toujours au centre, toujours celle décrite dans le titre, Anaïs Demoustier étincelle dans la comédie d’auteur française avec la grâce effervescente d’une Françoise Dorléac d’aujourd’hui. J.-M. L.

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19. La Femme (musiciens)

Après cinq ans d’absence discographique, la formation des inséparables Marlon Magnée et Sacha Got a livré au printemps un troisième album bourré de tubes, Paradigmes, avant de rouvrir L’Olympia en tête d’affiche des Inrocks Festival et de sortir à l’automne un film inénarrable tiré de son disque. Fidèle à son indépendance farouche (Foutre le bordel en leitmotiv) et à son imagination débordante, La Femme demeure, depuis 2010, le groupe le plus doué et influent de sa génération. F. V.

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20. Audrey Diwan (cinéaste)

Après avoir sillonné des territoires hétérogènes, en dehors (la presse, la littérature) et au-dedans (les scénarios des films de Cédric Jimenez) du cinéma, Audrey Diwan a véritablement trouvé son objet en adaptant le roman d’Annie Ernaux, L’Événement. Elle réussit un film remarquablement dense, concis, d’une éloquence tranchante dans tous ces partis pris, justement auréolé d’un Lion d’or à la Mostra de Venise. J.-M. L.

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21. Boris Charmatz (chorégraphe)

Directeur du Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne de 2009 à 2018, Boris Charmatz s’est lancé dans l’aventure de Terrain, projet itinérant dans le nord de la France, qu’il définit tel “un espace vert chorégraphique où les corps viennent composer une architecture humaine”. Jusqu’à l’annonce, le 21 octobre, de sa nomination en septembre prochain à la direction du Tanztheater Wuppertal, en Allemagne. Succéder à Pina Bausch ? “La meilleure manière d’être fidèle à son génie, c’est de prendre des risques […] Il faut que l’art que l’on imagine en 2021, 22, 23 soit toujours aussi brûlant.” F. A.

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22. Gabriela Larrain (éditrice)

Voilà une jeune éditrice inspirante. Depuis avril, Gabriela Larrain dirige chez Points une collection de livres de poche féministes, la première du genre. Son idée : “Rendre les littératures féministes accessibles au plus grand nombre, le poche étant plus abordable financièrement.” Rééditions – Paul B. Preciado, Iris Brey, bientôt Maggie Nelson… – mais aussi inédits – tel que le livre collectif Sororité coordonné par l’autrice Chloé Delaume – sont au programme de ce projet éditorial d’utilité publique, qui se destine également à s’ouvrir à la fiction. A. Q.

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Les 40 figures qui ont fait 2021 Les Inrocks
Xinyi Cheng © Aurelien Mole/Galerie Balice Hertling

23. Xinyi Cheng (peintre)

Xinyi Cheng peint l’érotisme trouble et mutique d’instants flottants. C’est une lame de rasoir glissant sur une nuque, deux doigts trempés dans un verre de liqueur, la flamme incandescente d’une cigarette joignant deux fronts. Les chairs sont violacées, la lumière sourdement aquatique. Née en 1989 en Chine et aujourd’hui basée à Paris, elle exposait cette année dans la capitale au Palais de Tokyo et à la Bourse de Commerce – Pinault Collection, captivant toujours par une douce violence arrachée à la codification des désirs. I. L.-G.

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24. Thomas Simonnet (éditeur)

Il était le discret et très respecté directeur de la collection L’Arbalète, chez Gallimard. On a appris cet automne que Thomas Simonnet dirigera à partir de janvier prochain Les Éditions de Minuit, à la suite du rachat par le groupe Madrigall de la maison de Claude Simon et de Tanguy Viel. Né en 1974, éditeur chez Gallimard depuis 1999, il découvre entre autres Carole Fives, Thomas Clerc ou Yamina Benahmed Daho. En 2015, la rédaction des Inrocks l’avait déjà désigné parmi les cent personnalités qui renouvellent la culture. S. T.

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25. Victoire Tuaillon (journaliste, podcasteuse)

S’il fallait donner un visage au succès sans cesse grandissant des podcasts féministes, celui de la journaliste de 32 ans Victoire Tuaillon s’imposerait comme une évidence. Lancé en 2017, son podcast Les Couilles sur la table rassemble plus d’un demi-million d’auditeur·trices tandis que son format démarré cette année, Le Cœur sur la table, vient d’être décliné en livre.

À travers ces deux podcasts militants, elle s’attaque au patriarcat, le prenant en tenaille entre déconstruction de la masculinité toxique d’un côté et réapprentissage de l’amour à l’aune des révolutions féministes de l’autre. Dans un style qui allie rigueur sociologique, expérience personnelle et un lyrisme de plus en plus affirmé, Victoire Tuaillon est assurément l’une des voix de la génération Y. B. D.

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26. Camille Kouchner (avocate et écrivaine)

Elle a ouvert l’année avec une bombe : dès début janvier, l’avocate Camille Kouchner publiait La Familia grande, livre événement révélant les abus sexuels à répétition commis par son beau-père, le politologue et homme de médias célèbre Olivier Duhamel, sur son frère jumeau, “Victor”. Une enquête a été ouverte, suivie d’une série de démissions et de limogeages. Son geste a été aussi à l’origine d’une incroyable libération de la parole des victimes d’inceste et du mouvement MeTooInceste. N. K.

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27. Ariane Geffard (agente)

Elle est l’agente littéraire de nombreux·euses auteur·trices qui ont marqué 2021 : Mona Chollet, Mathieu Palain, Clara Ysé… Ariane Geffard, dont le métier n’est encore que peu développé en France, s’est peu à peu imposée comme une actrice singulière – et importante – du monde de l’édition. Son agence, fondée il y a cinq ans, est “née d’un vif intérêt pour l’histoire des femmes et des luttes qui lui sont associées”. Un engagement féministe que l’on retrouve dans le choix des personnes qu’elle représente. A. Q.

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28. Philippe Mangeot (Duke)

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Philippe Mangeot © Edouard Caupeil/Pasco

On pourrait raconter en plusieurs pages la vie bouleversée de ce normalien, professeur en khâgne, passé par le militantisme chez Act Up-Paris. On pourrait rappeler qu’il a coécrit le scénario de 120 Battements par minute de Robin Campillo et plusieurs autres choses encore. Mais contentons-nous d’une seule, d’époque : sur son compte Instagram, il a inventé en 2021 une façon singulière et très libre d’exercer la critique actuelle en mêlant son regard aiguisé et son écriture précise avec pas mal d’émotions, et d’initimité. Le suivre, cette année, aura permis un éclairage neuf, très à vif, quasi nu, sur la culture et la possibilité d’en rendre compte désormais différement via les réseaux sociaux. Via surtout l’honnêteté drastique qu’il y met. J. G.

Lire Philippe Mangeot sur Instagram

29. Charles Gillibert (producteur)

En rachetant le projet d’Annette des années après qu’il soit entré en production sans aboutir, Charles Gillibert a permis au nouveau Leos Carax de voir le jour. Il est, avec Saïd Ben Saïd (Benedetta de Paul Verhoeven), un des rares producteurs français à savoir financer les auteur·trices les plus exigeant·es à de telles hauteurs de budget (18,5 millions d’euros pour Annette). En 2021, il produit également un autre des plus beaux films hexagonaux de l’année – porté lui aussi par un casting international : Bergman Island de Mia Hansen-Løve. Il a aussi racheté et pris la tête de l’historique société de production et de distribution Les Films du Losange. J.-M. L.

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30. Vera Peltekian (directrice de la production originale France, WarnerMedia)

Celle qui reçoit le plus de projets de séries désirables en ce moment, c’est elle. Après quinze ans à la fiction de Canal+ où elle avait notamment supervisé Les Revenants, Vera Peltekian vient d’être débauchée pour intégrer WarnerMedia en qualité de directrice de la production originale, en vue du lancement – toujours non officiel – de HBO Max en France (2023 ?) L’arrivée du service de streaming de la mythique chaîne américaine marque un peu plus l’éclatement du marché français de la série, mais le choix de cette femme chevronnée promet. O. J.

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31. Agnès Hurstel (actrice, créatrice de série)

Ancienne khâgneuse, la néo-trentenaire a obtenu le prix de la série française au dernier festival Séries Mania pour son attachante comédie Jeune et Golri, rare exemple de projet atypique dans un paysage encore trop souvent balisé. Venue du stand-up (Avec ma bouche, ma bite et mon couteau), Agnès Hurstel appartient à une génération biberonnée aux séries anglo-saxonnes – Fleabag en tête – pour qui le format des épisodes de trente minutes représente un écrin idéal pour l’autofiction et la provocation. O. J.

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Rebeka Warrior © Marie Rouge/Maud Scandale

32. Rebeka Warrior (musicienne)

Cette année, la Sexy Sushi a sorti Monument ordinaire, cinquième album de son autre projet, le duo Mansfield.TYA, sur son propre label, Warriorecords, monté en décembre 2020 avec une équipe d’ami·es, et qui se veut “queer, transféministe, antiraciste et résistante”. On y retrouve des artistes audacieux·euses et radicaux·ales comme Danse Musique Rhône-Alpes, Cassie Raptor, Maud Geffray, Moesha 13 ou Vimala Pons. Objectif : “Faire danser, penser, fédérer, pleurer et s’aimer.” C. B.

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33. Michel Saint-Jean (distributeur)

En 2021, Diaphana, la société de Michel Saint-Jean, a distribué la Palme d’or Titane (un peu plus de 300 000 entrées en France, un score pas génial pour une Palme, mais dans un contexte hyper-dur de mise en place du pass sanitaire – et de toute façon une superbe opération symbolique) et également le plus beau film de l’année : Drive My Car de Ryūsuke Hamaguchi. Une belle année donc. J.-M. L.

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34. Nix Lecourt Mansion (créatrice)

“Une vénus punk de 1 m 87 qui crée des vêtements brillants pour des gens flamboyants”: telle est la description que la créatrice Nix Lecourt Mansion livre d’elle-même sur sa page Instagram – regard sur l’apparat qui en dit également long sur sa griffe. En habillant des féminités en puissance et hors des clous, elle déploie un vocabulaire de strass, de paillettes, de transparences, et de trompe-l’œil, comme un monde de disco mis à jour, et repassé par les chick flicks des années 1990. Ce qui ne manque pas d’attirer le regard de Jean Paul Gaultier avec qui elle collabore, le Vogue France, qui vêtit Aya Nakamura de ses créations, ou encore Lady Gaga et Miley Cyrus. Une ode à un féminisme fierce. A. P.

35. Maria Carmela Mini (directrice du festival Latitudes Contemporaines à Lille)

Pointu, ouvert sur le monde, le festival Latitudes Contemporaines a notamment invité cette année la performeuse afghane Kubra Khademi. Au début de juillet, cette dernière demande de l’aide à Maria Carmela Mini, directrice de l’événement, pour faire venir en France des artistes en danger. Maria Carmela Mini met alors sur pied une cellule de crise, établit des listes de candidat·es à l’exil, contacte les institutions françaises pour obtenir des lettres d’invitation, et est bientôt rejointe par Joris Mathieu du Théâtre Nouvelle Génération-CDN de Lyon, Guilda Chahverdi, metteuse en scène à Marseille, et Agnès Devictor, historienne du cinéma. Des dizaines de réfugié·es seront exfiltré·es jusqu’à la prise de pouvoir des talibans à la fin du mois d’août. F. A.

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36. Olivier Cohen (éditeur)

Le monstre sacré Raymond Carver ? Florence Aubenas ? Itou. Pour couronner cette aventure éditoriale aux parfums d’Amérique, amorcée il y a trente ans, Olivier Cohen a réédité des chefs-d’œuvre de sa maison – les Éditions de l’Olivier – et les nouveaux livres excellents d’Aubenas, de Will Self et de Nicole Krauss. En trois décennies de traductions exigeantes et de valeurs sûres tricolores, il a bâti l’un des catalogues les plus singuliers, dépaysants et prestigieux du game. Happy thirty ! L. B.

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37. Mariane Ibrahim (galeriste)

Pour représenter celles et ceux qui, selon ses termes, “manquent à l’art”, la Franco-Somalienne Mariane Ibrahim a d’abord fait ses armes outre-Atlantique. Lorsqu’elle lance sa galerie dédiée aux artistes noir·es, afro-américain·es et afro-caribéano-descendant·es en 2012 à Seattle, elle est l’une des premières. En 2019, elle s’installe à Chicago, puis, sentant le vent changer à Paris, ouvre en septembre dernier un espace dans la capitale. Sa liste d’artistes reflète son double ancrage : d’Amoako Boafo à Raphaël Barontini. I. L.-G.

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38. Marcia Romano (scénariste)

Scénariste formée à la Fémis, elle a depuis vingt ans collaboré à l’écriture de films signés Xavier Giannoli, Emmanuel Bourdieu, François Ozon, Rebecca Zlotowski… Son travail a particulièrement brillé cette année car elle a, aux côtés des réalisatrices concernées, rendu possible deux sacrés défis : retrouver dans une narration cinématographique l’intensité du récit d’Annie Ernaux, L’Événement, réalisé par Audrey Diwan, et retracer avec justesse la jeunesse de NTM (dans Suprêmes d’Audrey Estrougo). J.-M. L.

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39. Vittoria Matarrese (curatrice)

Au Palais de Tokyo, Vittoria Matarrese dirige la programmation des arts performatifs. On lui doit le festival Do Disturb ou la résidence La Manutention, anticipant la place grandissante du médium performé. L’Allemande Anne Imhof, dont la carte blanche d’un sublime écorché explosait en apothéose par une semaine de performances, était déjà son invitée en 2015. Avant le Lion d’or, avant la consécration. Natures mortes, dont elle fut cocommissaire, restera comme l’expérience la plus puissante de l’année. I. L.-G.

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40. Annie Ernaux (écrivaine)

Depuis plus de quarante ans, Annie Ernaux renouvelle de livre en livre le visage des lettres françaises et la représentation des femmes en littérature. C’est cette année, à 81 ans, qu’elle a enfin acquis un rayonnement à la hauteur de son envergure littéraire : pas moins de trois films adaptés de son œuvre – dont l’un a reçu le Lion d’or à Venise –, une aura internationale – on la dit nobélisable – et une influence que revendique une jeune génération d’écrivain·es et de féministes. N. K.

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Les 40 figures qui ont fait 2021 – Les Inrocks