“Partie de campagne” pour les 22es Journées cinématographiques en Seine-Saint-Denis

Depuis 22 ans, les Journées cinématographiques illustrent l’idée que “tout est politique” en explorant à chaque édition une thématique sociale à travers le prisme du cinéma. Grands classiques, films méconnus, avant-premières ou inédits, les œuvres présentées témoignent d’un état du monde.

Deux mois avant les élections présidentielles, cette 22e édition sous-titrée “Partie de campagne” propose d’observer la mise en scène du politique au cinéma à travers près de 50 films présentés lors de projections–rencontres programmées du 1er au 12 février 2022 dans quatre cinémas de la Seine-Saint-Denis.

En plus de sa thématique, ces Journées cinématographiques accueillent la première rétrospective française du réalisateur indépendant américain Dan Sallitt, en sa présence et celle d’invités.

Rétrospective inédite Dan Sallitt

Du 4 au 6 février 2022

Les 22es Journées cinématographiques accueillent la première rétrospective française des films du réalisateur indépendant américain Dan Sallitt, en sa présence et celle d’invités : Sophie Fillières (réalisatrice), Giulio Casadei (délégué général du Festival de cinéma de Brive, programmation du Champs-Élysées Film Festival), Pierre Eugène (membre du comité de rédaction des Cahiers du cinéma).

Dan Sallitt, cinéastes indépendants des 20 dernières années. Proche des milieux avant-gardistes, il est d’abord critique de cinéma au Los Angeles Reader de 1983 à 1985, puis pour de nombreux autres médias, dont MUBI et Slate. Installé à New York depuis 1992, il construit une œuvre méconnue et hors des modes, qui s’étend jusqu’à présent sur cinq longs métrages et un court métrage. Cinéaste patient aidé par des collaborateurs fidèles, Dan Sallitt se distingue à travers un cinéma libéré de toute contrainte et précurseur de la génération “do it yourself”. Ses récits – les secrets d’une famille ou une amitié qui résistent bon gré mal gré aux années – sont “enracinés dans les films de Robert Bresson, Éric Rohmer, Jean Eustache, John Cassavetes et Maurice Pialat” (Jonathan Robbins in Film Comment). Cette œuvre aux influences marquées, reconnue notamment par Arnaud Desplechin, fait de Dan Sallitt une sorte de “cousin d’Amérique” du cinéma français.

J’ai tendance à voir les films comme des photographies. Ils reflètent ce que les gens montrent de l’extérieur, sans jouer sur le mystère. Et j’insiste là-dessus. J’aime travailler avec des acteurs qui n’indiquent pas ce qu’ils ressentent. J’aime la contradiction et l’opacité, et je les encourage dans cette direction” Dan Sallitt (Cahiers du cinéma, juin 2019)


22es Journées cinématographiques dionysiennes

Seine-Saint-Denis

Thématique Partie de campagne

Qu’en est-il des politiques, ces hommes et ces femmes dont le rôle est, au quotidien, de participer à l’organisation et au développement de la société ? Ceux et celles qui, à travers diverses organisations au fonctionnement souvent opaque, influent sur la sphère publique et participent pleinement à l’élaboration d’une démocratie en perpétuelle gestation : comment les politiques sont-ils représentés au cinéma ? Que capte le cinéma dès lors qu’il s’empare concrètement du monde politique – du citoyen engagé à celui qui occupe les plus hautes fonctions – pour en exposer ses processus complexes ?

En reprenant le titre du film de Raymond Depardon consacré à la campagne de Valéry Giscard d’Estaing, 1974, une partie de campagne, les 22es Journées cinématographiques se penchent sur la mise en scène de l’exercice politique. Toutes les avant-premières sont accompagnées de rencontres avec les réalisateurs + équipes des films

Thierry de Peretti : Invité d’honneur & carte blanche

Thierry de Peretti présente son nouveau film en ouverture du festival, ainsi que Lutte jeunesse et Une Vie Violente. Le cinéaste a également choisi, pour sa carte blanche, de montrer trois films de Francesco Rosi.

Thierry de Peretti, acteur, metteur en scène et réalisateur. Acteur, Thierry de Peretti a joué au théâtre sous la direction de Thibault de Montalembert, Guillaume Gallienne, Pierre Vial, Christiane Cohendy… et tourné dans les films d’Orso Miret, Alain Raoust, Bertrand Bonello, Patrice Chéreau. Metteur en scène d’une douzaine de spectacles, dont Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès – Prix de la révélation du syndicat national de la Critique en 2001 -, Richard II de W. Shakespeare au Théâtre de la Ville (2004), Les Larmes Amères de Petra Von Kant de R.W.Fassbinder au Théâtre de l’Œuvre (2015)… Réalisateur de deux courts métrages – Le Jour de ma mort (2005) et Sleepwalkers (2010), un long métrage documentaire, Lutte jeunesse, construit en miroir de son deuxième film, Une vie violente (sélectionné au FID Marseille 2017) et de trois longs métrages : Les Apaches (sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2013), Une Vie Violente (sélectionné à la Semaine de la Critique 2017) et Enquête sur un Scandale d’État, attendu en salle le 09 février 2022.

Francesco Rosi

Le maître italien du film-enquête politique en 3 films Cinéaste majeur du cinéma italien, Francesco Rosi a signé parmi les meilleurs films politiques des années 1960 et 1970. L’”enfant du néoréalisme”, comme il aimait à se définir, avait inventé le film-enquête politique. Dès ses premiers films, Le défi (1958) et I magliari (1959), influencés par le film noir américain, il se passionne pour les sujets sociaux. Il réalise Salvatore Giuliano (Ours d’argent, Berlin 1962) sur l’assassinat du célèbre bandit sicilien, qui contribue à bouleverser la narration cinématographique en inaugurant le genre du film-enquête. Témoin privilégié de la société italienne, Rosi évoque ensuite l’affairisme immobilier dans Main basse sur la ville (Lion d’or, Venise 1963), les batailles politico-économiques autour du pétrole dans L’affaire Mattei (palme d’or, Cannes 1972), le banditisme mafieux (Lucky Luciano, 1973), les manipulations judiciaires dans Cadavres exquis (1976) et les drames du sud de l’Italie dans Trois frères (1980). Après Carmen, le film-opéra le plus vendu au monde, et son adaptation de Gabriel Garcia Marquez, Chronique d’une mort annoncée, il revient à la mafia sicilienne avec Oublier Palerme (1990). En 1996, il réalise La trêve, une adaptation du roman de Primo Levi.

En lui remettant un Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière en 2012, le directeur de la Mostra Alberto Barbera soulignait “sa rigueur absolue, son refus des compromis, combinés à un sens rare du récit et de la beauté visuelle”.

Devenu l’un des cinéastes les plus primés du monde, le réalisateur napolitain est décédé en janvier 2015, à 92 ans. Il n’aura réalisé que 17 longs métrages. Assez pour que son influence perdure. En apprenant sa disparition, son compatriote Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, l’a salué en ces termes : “Personne n’a su raconter le pouvoir comme lui.

Sarah Maldoror : la poésie et la négritude

Hommage à la réalisatrice pionnière du cinéma politique antillais et africain La réalisatrice guadeloupéenne Sarah Maldoror s’est éteinte le 13 avril 2020 à l’âge de 90 ans. Les Journées cinématographiques rendent hommage à cette femme de combats portée par le souffle poétique et épique des luttes de libération, à travers une séance autour de son œuvre.

Née en 1929 d’une mère gersoise et d’un père guadeloupéen, considérée comme pionnière du cinéma africain engagée dans les luttes de libération des pays de l’Afrique lusophone (Angola et Guinée-Bissau), mais attachée aux poètes de la Caraïbe francophone (Césaire, Damas, Glissant), Sarah Maldoror a choisi le cinéma pour faire connaître la culture noire et ses auteurs. Elle a réalisé plus de quarante films, courts ou longs-métrages, films de fiction ou documentaires.

Mafia is politics : Nuit Infernal Affairs

Une trilogie hongkongaise de Alan Mak et Andrew Lau (Ressortie événement le 16 mars 2022 / restaurée en 4K )

Saga culte du cinéma hongkongais qui a inspiré le film de Martin Scorsese, Les Infiltrés (2016), la trilogie Infernal Affairs surgit sur les écrans après une décennie difficile pour l’ex-colonie britannique. La plupart des grands réalisateurs ont fui face à la rétrocession de Hong Kong à la Chine et ils sont alors nombreux (Kirk Wong, Ronny Yu, Ringo Lam, Tsui Hark…) à se casser les dents sur la véritable machine à “normaliser” le cinéma qu’est le système hollywoodien. C’est donc dans le creux de la vague que surgit le premier Infernal Affairs, réalisé par Andrew Law et Alan Mak. On pensait le polar hongkongais mort : il lui restait à effectuer au moins un tour d’honneur !

Dès sa sortie, Infernal Affairs fait figure de classique. Le film est un succès, à Hong Kong comme à l’étranger, et rafle les récompenses. Les cinéastes enchaînent dès 2003 avec les épisodes 2 et 3 (tournés simultanément), prequel puis suite, jouant sur la chronologie du récit.

Ciné-concert : L’Homme à la caméra par le groupe Chocolat Billy + Mathias Pontévia

Ciné-concert dimanche 6 février (16h30)

Les musiciens bordelais de Chocolat Billy dispersent depuis 2005 de joyeux disques bruyants sur le label Les Potagers Natures, héritiers d’un rock alternatif libre, traversant les frontières des genres (post-punk, math-rock, électronique, noise). En ciné-concert sur L’Homme à la caméra, leur goût pour les boucles débridées et dansantes s’associe à merveille au montage nerveux de Dziga Vertov. À Saint-Denis, ils seront rejoints dans ce kaléidoscope sonore et visuel par Mathias Pontévia (percussionniste et bruitiste radical en solo, duo, avec Rien Virgule…) et sa “batterie horizontale”.

Laurent Cantet, Le sens du collectif

Le réalisateur Laurent Cantet (Palme d’or à Cannes en 2008 pour Entre les murs), dont le prochain film, Arthur Rambo, propose une réflexion d’actualité sur les dangers des réseaux sociaux, viendra échanger avec le public des Journées cinématographiques.

Rencontre à la librairie Folies d’Encre, vendredi 4 février (18h30) avec le réalisateur Laurent Cantet, Marilou Duponchel (programmatrice et critique de cinéma) et Quentin Mével (délégué général de l’ACRIF), auteurs du livre Laurent Cantet, le sens du collectif (Playlist Society, 2022)

Séance et rencontre au Cinéma L’Écran, vendredi 4 février (20h30) et rencontre animée par Marilou Duponchel, programmatrice et critique de cinéma, et Quentin Mével, délégué général de l’ACRIF.

Arthur Rambo Fiction | 2021 | France | 1H27 | Avec Rabah Naït Oufella, Antoine Reinartz

Carte blanche à Nicole Brenez : Skip Norman

Skip Norman naît en 1933 à Baltimore avant de grandir à Washington D.C.. Il fait l’expérience de la ségrégation raciale à l’époque où le slogan politique « Séparés mais égaux » recouvre à peine une situation d’apartheid. Il apprend l’allemand et part vivre en Allemagne de l’Ouest en 1961, intégrant les milieux du théâtre et du cinéma. Étudiant à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin (DFFB) à partir de 1966, il devient réalisateur et participe aux films de ses camarades, parmi lesquels Holger Meins, dont il adoptera la formule : “Dire les choses, mais les dire cinématographiquement”.

Séance samedi 5 février (16h30) présentée par Nicole Brenez, programmatrice et maître de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3

  • Blues People 1969 | Allemagne de l’Ouest
  • On Africa 1970 | Allemagne de l’Ouest.

Séance spéciale

Le cinéaste punk F.J. Ossang est un fidèle des Journées cinématographiques. Qu’il soit venu pour présenter ses films, des cartes blanches ou des regards croisés, ce poète, musicien et cinéaste accompagne notre festival depuis de nombreuses éditions, de Combat Rock (2008) à Utopia (2014) en passant par Rebel, Rebel (2018) et L’Invitation au voyage (2019). Cette année, nous proposons à nos spectateurs de (re)découvrir son troisième long métrage, Docteur Chance (1997) dans une magnifique restauration 4K ! Jeudi 3 février (19h30) signature dans le hall de l’Écran. Séance (20h30) F.J. Ossang et l’équipe du film seront présents pour échanger avec le public à l’issue de la projection.

Clôture

Autre cinéaste cher aux Journées cinématographiques, l’enfant terrible du cinéma français Bertrand Mandico et ses mondes nouveaux ! Venu présenter tous ses films (et un peu plus) au festival, de Rebel, Rebel (2018) à La vie est un songe (2020),  Les Journées referment cette 22e édition à l’Espace 1789 avec, en avant-première, son western : After Blue (Paradis Sale).

Samedi 12 février au cinéma de Saint-Ouen, Espace 1789

Séance de clôture (20h00) Avant-première suivie d’une rencontre avec Bertrand Mandico et l’équipe du film.

After Blue (Paradis sale) de Bertrand Mandico Fiction | 2021| France | 2H07 |

Découvrir toute la programmation

We would like to give thanks to the writer of this write-up for this amazing content

“Partie de campagne” pour les 22es Journées cinématographiques en Seine-Saint-Denis