Affaire Assange : Quand NBC News utilise un ancien agent du FBI pour défendre l’extradition

L’évolution la plus dangereuse, et la moins discutée, des médias d’entreprise est la recrudescence d’anciens agents de l’État chargés de la sécurité qui sont désormais employés pour diffuser les « informations ».

Source : Glenn Greenwald
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Profil Twitter de Frank Figliuzzi, ancien directeur adjoint du FBI, aujourd’hui à NBC News.

Deux des chaînes de télévision sur lesquelles les libéraux américains comptent le plus pour leurs informations – NBC News et CNN – ont passé les six dernières années à embaucher une armée virtuelle d’anciens agents de la CIA, de fonctionnaires du FBI, d’espions de la NSA, de chefs du Pentagone et de procureurs du DOJ pour travailler dans leurs salles de rédaction. Les multiples façons dont le journalisme est fondamentalement corrompu par ce phénomène sont toutes illustrées de manière frappante par un nouvel article de NBC News qui demande instamment la poursuite et l’extradition de Julian Assange, en affirmant que le fondateur de WikiLeaks, une fois sur le sol américain, fournira enfin la preuve tant recherchée que Donald Trump a conspiré de manière criminelle avec la Russie.

L’article de NBC est écrit par l’ancien directeur adjoint du FBI et actuel employé de NBC News, Frank Figliuzzi, qui a joué un rôle central pendant les années Obama dans la tentative du FBI d’enquêter et de criminaliser Assange : un fait plutôt pertinent dissimulé par NBC lors de la publication de cet article. Mais c’est ainsi que les agents de l’État sécuritaire américain contrôlent maintenant directement les entreprises de médias.

Pendant la Guerre froide, puis dans les décennies qui ont suivi, l’État de sécurité américain a constamment utilisé des mesures clandestines pour infiltrer les médias américains et façonner la couverture médiatique américaine afin de faire de la propagande auprès de la population nationale. En effet, les agences de renseignement ont depuis longtemps violé leur charte en s’ingérant dans la politique intérieure par le biais de programmes officiels visant à manipuler la couverture médiatique américaine.

En 1974, Seymour Hersh, du New York Times, a révélé que « la [CIA], en violation directe de sa charte, a mené une opération massive et illégale de renseignement intérieur » qui comprenait « la constitution de dossiers de renseignement intérieur, et le recrutement d’informateurs pour infiltrer certains des groupes dissidents les plus militants ». Le rapport de la commission Church du Sénat, en 1976, a conclu que « les excès du renseignement, au niveau national et à l’étranger, n’étaient pas le produit d’un seul parti, d’une seule administration ou d’un seul homme » ; au contraire, « les agences de renseignement ont sapé les droits constitutionnels des citoyens principalement parce que les freins et contrepoids conçus par les auteurs de la Constitution pour assurer la responsabilité n’ont pas été appliqués ».

Un exposé de Carl Bernstein dans Rolling Stone en 1977 – intitulé « La CIA et les médias » – a révélé « plus de 400 journalistes américains qui, au cours des vingt-cinq dernières années, ont secrètement effectué des missions pour la CIA » – y compris les dirigeants des médias les plus influents du pays : William Paley de CBS, Henry Luce de Time Inc. et Arthur Hays Sulzberger du New York Times. Bernstein a expliqué l’ampleur de la réquisition des médias grand public par la CIA :

Certains de ces journalistes avaient des relations tacites avec l’Agence, d’autres étaient explicites. Il y avait coopération, accommodement et chevauchement. Les journalistes fournissaient toute une gamme de services clandestins – de la simple collecte de renseignements à la fonction d’intermédiaire avec les espions des pays communistes. Les reporters partageaient leurs carnets de notes avec la CIA. Les rédacteurs en chef partageaient leurs équipes. Certains des journalistes étaient des lauréats du prix Pulitzer, des reporters distingués qui se considéraient comme des ambassadeurs sans portefeuille de leur pays.

La plupart d’entre eux étaient moins exaltés : les correspondants étrangers qui trouvaient que leur association avec l’Agence facilitait leur travail ; les pigistes et les indépendants qui s’intéressaient autant à l’espionnage qu’à la rédaction d’articles ; et, la plus petite catégorie, les employés à plein temps de la CIA qui se faisaient passer pour des journalistes à l’étranger. Dans de nombreux cas, selon les documents de la CIA, des journalistes ont été engagés pour effectuer des tâches pour la CIA avec le consentement des directions des principaux organes de presse américains. L’histoire de l’implication de la CIA dans la presse américaine continue d’être entourée d’une politique officielle de dissimulation et de tromperie… Selon les responsables de la CIA, les associations les plus précieuses sont de loin celles avec le New York Times, CBS et Time Inc.

En 1996, la commission sénatoriale du Renseignement a publié un long rapport intitulé « L’utilisation par la CIA de journalistes et de membres du clergé dans le cadre d’opérations de renseignement » après que « la Chambre des représentants a voté sur le sujet de l’interdiction de l’utilisation de journalistes et d’autres personnes par la CIA ». En 2008, David Barstow du New York Times a remporté un Pulitzer pour avoir exposé le complot secret du Pentagone visant à diffuser les points de discussion du ministère de la Défense en plaçant d’anciens fonctionnaires comme « analystes » dans chaque réseau d’information qui, en secret, coordonnaient leurs affirmations.

En 2014, The Intercept a obtenu les communications de la CIA avec les journalistes par le biais d’une demande en vertu de la FOIA (Freedom of information act, NdT) et a découvert que le journaliste spécialiste de la sécurité nationale Ken Dilanian soumettait régulièrement ses brouillons sur la CIA aux responsables de l’agence avant publication ; son journal de l’époque, le Los Angeles Times, s’est déclaré « déçu et et a déclaré qu’il avait peut-être violé les règles du journal, mais il a été rapidement embauché par l’Associated Press et couvre maintenant la communauté du renseignement pour… NBC News.

Il est révélateur qu’aucun de ces multiples révélations du Congrès et des médias n’ait dissuadé la CIA et les agences connexes de contaminer la couverture médiatique nationale. Au cours des six dernières années, c’est le contraire qui s’est produit : cette tactique s’est fortement accélérée. Aujourd’hui, les services de sécurité de l’État américain non seulement façonnent, mais contrôlent souvent la couverture médiatique – non pas par des tactiques clandestines, mais au grand jour.

De nombreux hauts responsables de l’État profond au cours des deux dernières décennies ont été embauchés pour fournir des « informations » à ces deux grands réseaux d’entreprise : l’ancien directeur de la CIA John Brennan (NBC), l’ancien directeur du renseignement national James Clapper (CNN), l’ancien directeur adjoint du FBI Frank Figliuzzi (NBC), l’ancien conseiller à la sécurité intérieure Fran Townsend (CNN), l’ancien directeur adjoint du FBI Andrew McCabe (CNN), l’ancien directeur de la NSA et de la CIA Michael Hayden (CNN), et d’innombrables autres.

Ce cheminement de carrière de l’État profond vers NBC/CNN est désormais si courant que ceux qui sont licenciés en disgrâce ou qui démissionnent se retrouvent immédiatement dans leurs équipes. Pour ne citer qu’un exemple illustratif : le 2 février 2018, le fonctionnaire du FBI Josh Campbell a écrit une tribune intéressée dans le New York Times annonçant de manière flamboyante sa démission en raison de l’ingérence présumée de responsables de Trump ; deux jours plus tard, CNN a annoncé avoir embauché Campbell en tant « qu’analyste de l’application de la loi », où il continue de « rapporter les nouvelles. » En 2018, l’inspecteur général du DOJ [Department of Justice, NdT] a conclu que McCabe, alors qu’il était ancien directeur adjoint du FBI, avait menti au Bureau sur son rôle dans les fuites ; CNN l’a aussitôt embauché.

Les raisons pour lesquelles cela est si dangereux sont évidentes. Permettre à l’État de sécurité américain de façonner les informations transforme les médias en une forme de télévision d’État. Comme l’a écrit Jack Shafer de Politico en 2018 sous le titre « Les espions qui sont entrés dans les studios de télévision » :

Les contributeurs journalistiques standard – reporters, présentateurs, rédacteurs en chef, producteurs – poursuivent les nouvelles où qu’elles aillent sans crainte ni faveur, comme le dit la célèbre devise. Mais presque tous les espions de la télévision s’identifient encore à leurs anciens employeurs comme la CIA, le FBI, la DEA, le DHS ou d’autres agences de sécurité et restent protecteurs de leurs institutions. Ce qui rend suspectes presque toutes les paroles qui sortent de leur bouche.

Ces agences de sécurité d’État ont été créées pour mentir et diffuser de la désinformation ; leur permettre de placer leurs principaux agents dans des organes de presse anéantit même la prétention d’une quelconque séparation entre eux et le journalisme d’entreprise. Pire encore, cela oblige ces médias à prétendre qu’ils font un reportage contradictoire sur des agences que leurs propres collègues ont récemment aidé à diriger. Et, pire que tout, cela crée un conflit d’intérêt massif dans lequel les « analystes » de l’information commentent des histoires dans lesquelles ils ont joué un rôle central dans leur vie antérieure, souvent très récente, en tant qu’agent de l’État chargé de la sécurité comme cela s’est produit à plusieurs reprises pendant le Russiagate lorsque des personnes comme John Brennan « analysaient » pour NBC News des enquêtes qu’ils avaient aidé à lancer ou dont ils étaient les cibles.

The New York Times, 23 décembre 2019

Appeler tout cela un conflit d’intérêts, c’est sous-estimer gravement l’affaire. C’est une fusion tout sauf explicite entre l’État sécuritaire et les médias d’entreprise.

Ce dernier article de NBC News sur Assange, rédigé par l’ancien directeur adjoint du FBI Figliuzzi, présente toutes ces dynamiques corrompues. MSNBC en a fait la promotion à plusieurs reprises. C’est remarquable en soi : un soi-disant « média » se réjouit – en fait, il salive – de la tentative de l’administration Biden de criminaliser Assange en vertu des « lois sur l’espionnage » pour le péché de rapporter des documents authentiques montrant toutes sortes de comportements inappropriés de la part des agences dont les anciens agents travaillent maintenant pour ce réseau. Étant donné que les groupes de défense de la liberté de la presse en Occident ont uniformément condamné la poursuite d’Assange comme une grave menace pour la liberté de la presse, il est étonnant de voir une société qui prétend être dans le domaine de l’information s’en réjouir au lieu de la dénoncer.

Mais pour les médias américains, ce n’est que de la corruption ordinaire et de la soumission à la CIA : il n’est pas rare de trouver des « journalistes » étourdis par la perspective de l’emprisonnement continu d’Assange. Ce qui rend ce nouvel article particulièrement remarquable, c’est que le FBI – à l’époque où Figliuzzi y était un haut fonctionnaire – était directement impliqué dans la tentative d’enquêter, de piéger et de poursuivre Assange. Pourtant, l’article, tout en identifiant son analyste comme « le directeur adjoint du contre-espionnage au FBI, où il a servi pendant 25 ans en tant qu’agent spécial et dirigé toutes les enquêtes d’espionnage à travers le gouvernement », ne mentionne pas son intérêt personnel direct dans la poursuite d’Assange.

La principale affirmation de cet article est une théorie du complot déséquilibrée. Figliuzzi affirme que l’extradition d’Assange sur le sol américain pourrait mettre Donald Trump en danger. L’ancien fonctionnaire du FBI dissimule à peine sa joie à l’idée qu’Assange puisse, d’une manière ou d’une autre, offrir des ragots sur Trump en échange d’une promesse de clémence de la part des procureurs :

Si le ministère de la Justice joue bien ses cartes, il peut faire valoir précisément ces piratages du gouvernement russe et la diffusion par WikiLeaks du contenu de ces piratages en proposant un marché à Assange en échange de ce qu’il sait.

C’est ce qui devrait inquiéter Trump et ses alliés : Assange pourrait être en mesure de combler le fossé entre collusion et conspiration criminelle. Assange a obtenu les données du Comité national démocratique d’une entité soupçonnée depuis longtemps d’être une façade du GRU, le service de renseignement militaire russe… Assange pourrait être en mesure d’aider le gouvernement américain en échange d’accusations plus clémentes ou d’un accord de plaidoyer. Les poursuites peuvent donner lieu à d’étranges rapprochements. Un échange qui offre un marché à un voleur de données, en échange de quoi il dénonce quelqu’un qui a essayé de voler la démocratie, semble être un marché intéressant.

Alors, le ministère de la Justice, si vous écoutez…

Le fait qu’Assange ait « volé des données » est un mensonge absolu – même le gouvernement américain ne l’affirme pas – mais NBC News a déjà montré qu’elle n’avait aucun scrupule à diffuser ce mensonge particulier. Quant à la conviction de Figliuzzi qu’Assange possède des informations secrètes sur la collusion de Trump avec la Russie lors de l’élection de 2016 : ce n’est rien de moins que de la folie. Robert Mueller n’a même pas tenté d’interroger Assange, précisément parce que le conseiller spécial (l’ancien patron de Figliuzzi) a manifestement reconnu qu’Assange ne disposait d’aucune information susceptible d’aider l’enquête de Mueller à déterminer si Trump ou ses associés ont conspiré pénalement avec la Russie. Si Assange possède réellement des informations montrant que Trump a collaboré de manière criminelle avec le Kremlin, comment Figliuzzi peut-il justifier que Mueller, pendant dix-huit mois d’enquête sur cette question, n’ait jamais cherché à parler à Assange ?

En outre, si – comme le fantasme Figliuzzi – Assange était en possession d’une sorte de pièce à conviction que Mueller n’a jamais trouvée mais qui prouverait finalement la culpabilité de Trump pour divers crimes, pourquoi Trump n’a-t-il pas gracié Assange ? Après tout, si ce fantasme tordu promu par NBC News avait une quelconque validité – à savoir que Trump aurait de gros problèmes lorsque les États-Unis parviendraient à extrader Assange vers les États-Unis pour qu’il y soit jugé – pourquoi est-ce l’administration Trump qui a porté ces accusations contre Assange en premier lieu, et pourquoi Trump n’aurait-il pas gracié Assange afin d’empêcher qu’une telle affaire ait lieu ? Rien de ce que prétend Figliuzzi n’est étayé par des preuves ou n’a le moindre sens.

Mais comme d’habitude, cela n’empêche pas NBC News et MSNBC de publier et de promouvoir agressivement cette information. Comme je ne me lasserai jamais de le souligner, ce sont les médias d’entreprise qui dénoncent le plus la désinformation qui sont coupables de la propager le plus fréquemment et de manière destructive.

Ce qui rend l’article de Figliuzzi de la NBC pire que la désinformation médiatique standard, c’est que l’ancien fonctionnaire du FBI écrit sur des événements dans lesquels il a été directement impliqué personnellement, sans que ce fait ne soit révélé. En 2011, le ministre islandais de l’Intérieur, Ogmundur Jonasson, a découvert que des agents du FBI avaient été déployés dans son pays sous de faux prétextes. L’unité de contre-espionnage du FBI, dirigée par Figliuzzi, avait prétendu qu’ils étaient là parce qu’ils voulaient aider le gouvernement islandais à stopper une « attaque imminente » de pirates informatiques sur les bases de données gouvernementales islandaises.

C’était un mensonge. Comme l’a rapporté le New York Times deux ans plus tard, le FBI s’est rendu en Islande afin de trouver des informations sur Assange et WikiLeaks qui permettraient de les poursuivre en justice. À l’époque, Assange passait beaucoup de temps en Islande ; il a conclu que la grande liberté de la presse et les protections de la vie privée du pays, ainsi que le soutien de plusieurs politiciens, lui permettaient d’y travailler en toute sécurité.

L’unité du FBI dirigée par Figliuzzi a concentré ses efforts de contre-espionnage en Islande sur le recrutement d’un très jeune initié de WikiLeaks ayant des antécédents de criminalité et de maladie mentale, Sigurdur Ingi Thordarson, afin de fournir des informations compromettantes sur Assange. Lorsque Jonasson, le ministre de l’Intérieur, a découvert la vérité, il a expulsé le FBI de son pays, comme le raconte le Times :

Mais lorsque « huit ou neuf » agents du FBI sont arrivés en août, a déclaré Jonasson, il a découvert qu’ils n’enquêtaient pas sur une attaque imminente, mais rassemblaient des informations sur WikiLeaks, le groupe d’activistes qui a publié des millions de documents confidentiels au cours des trois dernières années et qui a de nombreux membres en Islande…

Les activités du FBI en Islande donnent peut-être la meilleure idée de l’intérêt que le gouvernement porte à Assange. Un jeune activiste en ligne, Sigurdur Ingi Thordarson (connu sous le nom de Siggi), a déclaré cette année à une séance à huis clos du Parlement islandais qu’il avait coopéré avec des agents américains enquêtant sur WikiLeaks au moment de la visite du FBI en 2011. Les efforts du FBI ont laissé les partisans de WikiLeaks en Islande ébranlés. « La paranoïa, a déclaré Birgitta Jonsdottir, membre du Parlement, va tous nous tuer. »

Les efforts de contre-espionnage du FBI sous Figliuzzi en Islande ont réussi. Thordarson est devenu un témoin clé pour le FBI dans ses efforts pour poursuivre Assange. En effet, l’acte d’accusation en cours contre le fondateur de WikiLeaks – qui est à la base de la demande d’extradition du Royaume-Uni formulée par le DOJ de Biden – repose en grande partie sur les accusations de Thordarson (l’acte d’accusation le désigne comme « Teenager » et l’Islande comme « pays de l’OTAN-1 »). Même un examen superficiel de l’acte d’accusation montre à quel point les accusations que le FBI a incité Thordarson à formuler sont centrales dans le dossier contre Assange : « En septembre 2010, Assange a ordonné à Teenager de pirater l’ordinateur d’un individu anciennement associé à WikiLeaks et de supprimer les journaux de discussion contenant des déclarations d’Assage. »

Mais en juin de cette année, Thordarson a rétracté ses accusations contre Assange. S’adressant au journal islandais Stundin, Thordarson a avoué qu’il avait été surpris à voler de l’argent à WikiLeaks en contrefaisant un courriel au nom d’Assange et en dirigeant les fonds de WikiLeaks vers son compte personnel. Il a « vu une issue » au problème criminel en suspens en aidant le FBI dans sa traque contre Assange. Ainsi, « le 23 août, [Thordarson] a envoyé un courriel à l’ambassade des États-Unis en Islande pour offrir des informations dans le cadre d’une enquête criminelle », et il est ensuite devenu le témoin vedette du FBI.

Le fait de fournir au FBI de fausses allégations contre Assange a aidé le FBI, mais n’a pas beaucoup aidé Thordarson : il a été condamné peu après pour « fraude massive, falsification et vol, d’une part, et pour violations sexuelles à l’encontre de garçons mineurs qu’il avait trompés ou forcés à avoir des rapports sexuels, d’autre part ». Pourtant, « Thordarson a été condamné en 2013 et 2014 et a reçu des peines relativement clémentes », car le juge a examiné ses activités de coopération ainsi que son diagnostic psychiatrique officiel selon lequel il est un sociopathe.

Même après cette peine clémente, Thordarson a continué à commettre des crimes, accumulant de nombreuses autres accusations criminelles. C’est alors que le FBI, désireux d’inculper Assange, a de nouveau vu en Thordarson une opportunité :

En mai 2019, Thordarson s’est vu proposer un accord d’immunité, signé par [le procureur général adjoint des États-Unis, Kellen S.] Dwyer, qui lui accordait l’immunité de poursuites sur la base de toutes les informations sur les actes répréhensibles dont ils disposaient. L’accord, dont Stundin a eu connaissance par écrit, garantit également que le ministère de la Justice ne communiquera aucune de ces informations à d’autres organismes chargés des poursuites ou de l’application de la loi. Cela inclut les agences islandaises, ce qui signifie que les Américains ne partageront pas d’informations sur les crimes qu’il aurait pu commettre et qui menaceraient les intérêts de la sécurité islandaise – et les Américains en avaient apparemment beaucoup, mais n’avaient pas réussi, au fil des ans, à les partager avec leurs homologues islandais.

Assange étant maintenant derrière les barreaux en raison de l’acte d’accusation qu’il a aidé le FBI à obtenir, Thordarson a décidé de dire la vérité. Il avait menti au FBI et lui avait fourni de fausses informations incriminant Assange, car il savait que cela l’aiderait à ne pas avoir à répondre de ses propres crimes. En d’autres termes, au cœur du dossier du FBI contre Assange – un dossier compilé par les opérations de contre-espionnage du FBI sous la direction de Figliuzzi avant qu’il n’aille à NBC News – se trouve un criminel chronique ayant des antécédents de fraude, d’agression sexuelle contre des mineurs et de maladie psychiatrique grave. Et il s’est maintenant rétracté.

Si NBC News était une entreprise d’information légitime, elle interdirait évidemment à Figliuzzi de « rendre compte » ou « d’analyser » une affaire majeure de liberté de la presse dans laquelle le FBI a été si étroitement impliqué pendant qu’il y travaillait. Mais c’est le contraire qui est vrai. Figliuzzi est obsédé par les poursuites judiciaires et l’extradition d’Assange, et en parle souvent tant sur son compte de médias sociaux que sur les plateformes de NBC et MSNBC.

Au-delà de la question de l’éthique journalistique – que personne ne devrait attendre de NBC et MSNBC à ce stade – quelque chose de plus sinistre se passe ici. La poursuite agressive de l’administration Biden en vue de l’extradition d’Assange, ainsi que sa demande qu’il soit maintenu en prison pendant la procédure judiciaire, ont été dénoncées avec une ferveur croissante par les groupes de défense de la liberté de la presse et des libertés civiles qui sont habituellement des alliés des Démocrates. Cela inclut même l’ACLU. Des dirigeants du monde entier, y compris de la gauche, ont fermement condamné l’administration Biden. D’autres pays brandissent maintenant fréquemment l’attaque de Biden contre la liberté de la presse, ainsi que le gouvernement britannique, comme une raison pour laquelle ces deux pays manquent de crédibilité pour faire des sermons sur la liberté de la presse.

Ce nouvel argument avancé par NBC News et son ancien agent du FBI Frank Figliuzzi – les libéraux devraient encourager la poursuite d’Assange parce que nous pouvons le forcer une fois qu’il sera ici pour qu’il se retourne contre Trump et l’implique – ressemble à un stratagème politique à peine déguisé pour protéger la Maison Blanche de Biden de la critique. NBC News sait que les libéraux désirent par-dessus tout que Trump soit poursuivi en justice, alors essayer de les convaincre que l’extradition d’Assange pourrait faire avancer les choses – aussi faux que cela puisse être – serait probablement bénéfique pour la Maison Blanche que NBC sert, en fortifiant le soutien des libéraux obsédés par Trump ou au moins en diluant l’opposition.

Mais pris comme tel, l’argument maintenant promu par NBC pour justifier l’extradition d’Assange est profondément troublant. Ce qu’ils affirment essentiellement, c’est que l’ensemble des poursuites est un prétexte. Bien qu’elles soient justifiées par la violation présumée de la loi par Assange dans le cadre de la publication par WikiLeaks, en 2010, des journaux de guerre de l’Irak et de l’Afghanistan, le véritable avantage, selon NBC, est la possibilité de faire pression sur Assange pour qu’il se retourne contre Trump dans le cadre de l’élection de 2016.

En d’autres termes, ils maintiennent Assange en prison pendant des années, et s’efforcent de le faire venir aux États-Unis, parce qu’ils pensent pouvoir le forcer, avec des promesses de clémence, à offrir des informations qu’ils pourront utiliser contre Trump – tout comme le FBI a manipulé le jeune adolescent islandais souffrant de troubles mentaux pour offrir de fausses accusations contre Assange. Et cela créerait également une incitation supplémentaire à traiter Assange de la manière la plus abusive possible afin de faire monter la pression au maximum pour qu’il implique Trump. En effet, le jour où Assange a été arrêté à Londres, le sénateur Joe Manchin (D-WV), tout sourire, a proclamé que c’était là le véritable objectif de l’extradition (« Il sera notre propriété et nous pourrons obtenir de lui la vérité et les faits. »)



Le fait que les salles de rédaction des entreprises de presse américaines soient désormais remplies d’anciens agents de l’État de sécurité américain est l’un des développements médiatiques les plus significatifs et les plus inquiétants de ces dernières années. Cela signifie que des agents véreux et intrigants comme Frank Figliuzzi peuvent maintenant faire leur sale boulot, non pas dans l’ombre ou dans des agences connues pour être coupables depuis des décennies de ce genre de trahison et de mensonges, mais sous le couvert de médias « respectables ».

Lorsque Figliuzzi parle – ou lorsque John Brennan, James Clapper ou Andrew McCabe le font – les lèvres de ces médias bougent mais ce sont la CIA, le FBI et le DOJ qui parlent réellement. C’est vrai depuis des décennies, mais au moins ils avaient la décence de maintenir le faux-semblant. Le fait que les agences de sécurité de l’État se soient maintenant affranchies de ces formalités et contrôlent si directement ces organes d’information révèle l’impunité totale avec laquelle elles opèrent désormais, en particulier dans les cercles libéraux établis. Le fait qu’un fonctionnaire du FBI qui a joué un rôle clé dans la fabrication de fausses accusations contre Assange « rapporte » ou « analyse » cette même affaire sous le logo de NBC News en dit plus long sur la corruption institutionnelle de ces organes d’information que des milliers d’articles ne pourraient jamais s’en approcher.

Source : Glenn Greenwald, 02-01-2022
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Affaire Assange : Quand NBC News utilise un ancien agent du FBI pour défendre l’extradition