jhm | Grand format : François Staal, lui-même

Etabli à proximité de Ceffonds, François Staal cultive sa singularité dans une certaine discrétion. Entre deux concerts, monsieur apporte sa touche à films et téléfilms tout en s’adonnant à l’écriture de poèmes. Interview grand format.

Auteur, compositeur, interprète, François Staal l’est, monsieur est un rockeur, un poète amoureux de langue française, de Baudelaire, Ferré, Fauque, Dominique A et autres figures. Discret, chéri d’un public fidèle et renouvelé, François Staal s’est produit, en tête d’affiche, à L’Olympia en 2011 et 2014, au Cabaret sauvage, au Trianon, aux Fuseaux, aussi. Et ça ne fait que commencer ! Singulier, sincère, monsieur s’est également fait un nom en tant que compositeur de musiques de films et de téléfilms. Ces musiques ont forcément été entendues par toutes et tous, au cinéma, sur TF1, sur les chaînes du service public… Heureux de reprendre des titres de Léo Ferré et Alain Bashung, heureux de collaborer avec Charl’Elie Couture ou Nina Morato, heureux d’imposer ses textes, son style, heureux du succès de L’humaine beauté, son dernier album, heureux de publier ses poèmes, heureux de voir ses fils triompher en France et ailleurs avec The Psychotic Monks, François Staal a posé guitare et piano du côté de Ceffonds. Monsieur a tant de poésie en lui. C’est rare. Et forcément précieux. François Staal a rendez-vous avec vous.

Avant d’en venir à votre éveil pour différentes formes d’expression artistique, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques ?

François Staal : Je suis né à Rouen, toute ma famille est de cette ville. Je suis resté à Rouen très peu de temps puisque mes parents sont partis vivre à Paris lorsque j’avais deux ou trois ans. Je donc de Rouen et un peu de nulle part !

Venons-en à vos premiers contacts avec la musique…

F. S. :  Mes parents m’ont inscrit au Conservatoire, j’été censé apprendre à jouer du violon puis du piano, mais ça s’est très mal passé. Etudier, ce n’était pas mon truc, je l’ai compris plus tard. Cette première approche avec la musique a plutôt été rebutante jusqu’au jour où la musique est arrivée à moi. Ma maman m’a emmené salle Pleyel, un homme jouait Chopin, seul, au piano, et j’ai provoqué une forme d’incident puisque je suis tombé dans les pommes. J’ai alors compris l’effet que la musique pouvait avoir sur moi. Après cette expérience, j’ai compris très vite que la musique était au-dessus de tout.

La culture occupait manifestement une place importante dans votre cadre familial…

F. S. : Oui et non ! Bon, je vais essayer le mieux possible… Mon père est ingénieur polytechnicien et ma mère est artiste, écrivaine, poète. Mon père a bien réussi, il aimait bien frimer, il subventionnait donc des artistes. Enfant, j’étais entouré d’artistes de très haut niveau, des photographes ayant reçu le prix Pulitzer, des artistes ayant reçu le prix de Rome, petit, je baignais donc dans un univers artistique. Ma maman est une personne très cultivée, elle prenait plaisir à m’emmener, quand elle ne m’oubliait pas, à des concerts ou des expositions. Dans ma famille, il n’y avait pas véritablement de musiciens. Une de mes grands-mères jouait des orgues, il paraît d’ailleurs qu’elle s’évanouissait en jouant, je tiens peut-être d’elle.

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Adolescent, que commencez-vous à écouter ?

F. S. : J’ai eu une vie assez particulière, dès mon adolescence… Adolescent, j’écoute de tout, de la musique classique, Jean Reinhardt, du jazz, beaucoup de jazz et du rock, plus particulièrement du rock anglo-saxon, David Bowie et Lou Reed, notamment.  J’écoute également un peu de rock français, Philippe Pascal, Marquis de Sade, mais la chanson française ne me parlait pas beaucoup à l’époque hormis Brassens, Brel ou Piaf. J’ai commencé à gratouiller un peu, sans véritablement jouer de la guitare.

Ensuite, c’est assez compliqué, mais je vais essayer de résumer, de caricaturer. Je suis au lycée Henri-IV, je suis assez doué en mathématiques selon mes professeurs, mon père avait donc mis tous ses espoirs en moi, il voulait que je fasse Polytechnique, comme lui. Polytechnique était une école militaire, mon père était donc un peu dans l’esprit militaire. Quand j’ai dit à mon père que je voulais faire de la musique, il m’a dit que je pouvais partir de la maison. J’ai été foutu dehors, je caricature un peu, mais pas tant que ça. Je me suis retrouvé en fin de Seconde plus ou moins à la rue. Disons, pour être plus précis, que je me suis retrouvé sans domicile fixe, j’étais hébergé chez des amis, j’ai dormi quelques nuits dehors, mais je n’étais pas véritablement à la rue. J’ai notamment été hébergé par la famille de mes amis Laurent et Agnès Jaoui (devenus respectivement réalisateur et actrice, Ndlr), un copain et une copine du lycée Henri-IV.

Je gratouillais, mais j’ai surtout été gagné par l’envie d’écrire des chansons. Dans le même temps, j’ai eu un gros choc artiste avec les films de Sergueï Eisenstein, un choc lié à la musique accompagnant les films de ce cinéaste, la musique de Sergueï Prokofiev. La musique de “Lawrence d’Arabie” me fascine également, mais je n’ai pas réellement de culture musicale à cette époque.

Vous avez pourtant déjà décidé de faire de la musique votre activité principale…

F. S. : Oui, je décide de devenir musicien ! Je comprends assez vite que je ne vais être musicien-interprète dans le sens où j’ai une difficulté, apprendre de façon régulière comme un interprète doit le faire. Mon esprit vagabonde, je passe d’un truc à un autre, je n’ai donc pas la rigueur nécessaire.

Puisque que je ne peux pas être interprète, il me reste une option, être compositeur. J’ai alors découvert le rock français, Dutronc, Gainsbourg, Bashung et je tombe amoureux de cette musique, une musique sur un style anglo-saxon mais avec de pires textes en français, des textes abstraits, impressionnistes, notamment avec Bashung. Je commence donc à écrire des chansons, des chansons très mauvaises. En parallèle, je commence également à m’intéresser vraiment à la musique de film. J’ai commencé à fréquenter des écoles de comédie, j’avais envie de rencontrer des comédiens et savaient que certains seraient rapidement intéressés par la mise en scène, je suis devenu leur compositeur, j’ai commencé à écrire des musiques pour des films ou des pièces de théâtre, des trucs d’amateurs, j’étais un peu le musicien de service. J’ai bossé, beaucoup bossé, tout en jouant dans un groupe.

Une personne que je connaissais a écrit un court-métrage avant de parvenir à décrocher une subvention, cet homme m’a demandé d’écrire une musique pour ce court-métrage. J’ai bossé avant de me rendre à la projection de ce court-métrage. Parmi les professionnels présents à cette projection était présent celui qui est devenu mon papa de cinéma, Joël Santoni (réalisateur et scénariste français, Ndlr). Joël Santoni était féru de musique, à la fin de la projection, il est venu me demander mes coordonnées avant de disparaître.

Quelques mois plus tard, Joël Santoni m’appelle, il me fixe rendez-vous dans une salle de cinéma. Trois personnes sont présentes, elles réfléchissent à un film, un projet en lien avec l’Unesco. Ces trois personnes étaient Joël Santoni, Juan Luis Buñuel (réalisateur et scénariste, fils de l’immense Luis Buñuel, Ndlr) et Jean-Claude Carrière (écrivain, parolier, metteur en scène et acteur, Ndlr). Le projet porté par l’Unesco était un film sur la vie de Gaudi (architecte catalan, Ndlr). Je sortais du service miliaire, j’avais essayé d’être réformé, mais j’ai été considéré comme P4 temporaire, j’étais donc considéré comme fou sans être considéré comme fou, ce qui m’a valu d’être intégré en escadron de combat.

Après le service, en me servant de la carte d’identité de mon frère, j’ai intégré une école d’Informatique, je suis sorti major de ma promotion et sui devenu informaticien, parce qu’il fallait bien que je vive.

Bref, on m’a confié la musique de ce film sur Gaudi, j’ai donc commencé à être payé pour ma passion, la musique. J’ai travaillé sur la musique d’un deuxième court-métrage, puis d’un téléfilm. Je ne vivais pas encore de la musique, vivre de la musique, j’ai pu commencer à le faire à partir de 35 ans.

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Entre temps ?

F. S. : Comme les souvenirs se percutent, en dehors de la musique de film, j’ai tout de même signé chez Virgin, pour un premier album. Virgin était une maison de disques très importante à l’époque, j’ai présenté mes chansons, j’ai signé, c’est parti fort, on voulait m’envoyer au Printemps de Bourges, mais j’ai considéré, à raison à mon sens, que je n’étais pas prêt. J’étais informaticien, je composais des musiques pour différents films, j’avais un studio d’enregistrement et j’avais peu de temps pour autre chose. Bon, disons que j’ai un peu foutu le bordel, j’avais du mal avec l’ambiance, avec ces soirées avec des artistes, avec les vedettes du moment, j’avais un peu l’impression de retourner chez mon père. Mont but n’était pas de gagner plein de fric et de réussir, ce monde-là, je le connaissais, j’ai dit à Virgin ce que je pensais et ça ne s’est pas très bien passé !

Je n’ai donc pas profité de cette chose, je n’ose pas dire cette chance, j’avais envie de profiter de la vie. C’était une autre époque, j’avais certaines envies, certaines habitudes. Ce que je fais aujourd’hui, je n’aurais pas pu le faire si j’étais entré dans ce processus. Je suis parvenu à faire ce que je veux faire, c’est peut-être prétentieux, mais je suis comme le bon vin, il me faut du temps. Je ne regrette rien, ce que je fais, je ne sais pas si ça plaît ou non, mais ça fait sens à mes yeux.

En quoi le travail est-il différent quand vous composez pour enregistrer un album et quand vous composez pour une musique de film ? Autre question, comment travaillez-vous dans le cadre de ma musique d’un film ?

F. S. : Pour répondre à votre première question, il s’agit de deux processus totalement schizophréniques, il n’y a quasiment pas de passerelles entre les deux. Je compose par exemple 99 % de mes compositions pour des musiques de film au clavier avec un logiciel MAO et 70 % de mes chansons à la guitare. Quand je compose pour mes chansons, l’interaction entre musique et texte est forcément importante. La seule chose qui rejoint les deux, c’est mon étalon à moi, l’émotion.

Pour ce qui est de la musique de film, je préfère écrire sur la base du scénario. Quand je reçois un scénario, je bloque trois jours, quand je termine la première lecture, c’est comme pour un livre, je ressens physiquement quelque chose, cette quintessence, je veux la retrouver en composant. Je m’interdis d’aller me coucher tant que je n’ai pas trouvé trois thèmes correspondant à l’émotion ressentie. Un scénario est un objet abstrait, je peux me baser sur une scène où un chien est assis sur un canapé alors qu’au final un chien sera assis sur une table, la musique écrite sur scénario peut donc ramener au scénario original. Pour que ça marche, il faut que je sois choisi en amont, que j’ai eu le scénario en amont, ce qui n’est pas toujours le cas. Quand je suis choisi après le tournage, je compose sur les rushes. Quand j’écris sur scénario, mes compositions sont envoyées avant le tournage, les acteurs peuvent écouter la musique, je peux ensuite m’adapter selon les rushes jusqu’à la fin du montage. Dans certains cas, il m’est arrivé de travailler sur un film déjà tourné, lorsqu’un compositeur a été évincé. J’ai tendance à travailler avec des personnes fidèles, du coup, je peux travailler en amont, sur scénario, avant de confronter mes thèmes avec le tournage.

Quand vous pouvez travailler sur scénario, vous savez forcément que votre musique aura une influence sur le tournage, des plans seront choisis en fonction de la musique…

F. S. : Oui, c’est tout l’intérêt ! Dans une interview, Sergio Leone (réalisateur et scénariste italien, Ndlr) explique qu’il filme des façades d’immeubles, on lui demande pour quelle partie du film et il répond qu’il n’en sait rien, qu’il donnera ça à Ennio Morricone (compositeur italien, Ndlr) et que le tout sera salué par un Oscar de la meilleure musique de film. C’est un peu caricatural, mais dans un réel processus de création, ce qui n’est pas toujours le cas en France, la musique peut changer le montage, donner des idées à un réalisateur. Ce qui est amusant, quand on écrit sur scénario, c’est de voir si la musique colle avec les images. Des images et une musique, c’est comme le sucre et le sel ensemble, ça peut marcher, mais tout est une question de bon dosage, quand tout est terminé, quand tout s’assemble, on sent le parfum du film. On pourrait presque imaginer que la musique d’un film est l’inconscient du film, ce qu’on ne peut pas montrer dans l’image, la musique peut éventuellement le faire, c’est à mon sens le rôle primordial de la musique de film.

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Des souvenirs de certains films renvoient directement aux musiques de ces films…

F. S. : Oui, en effet. La musique de film peut vivre indépendamment du film, une musique de film peut avoir un succès fou en dehors du film.

Merci à vous, on se sent moins seul avec vous, vous avez une sensibilité particulière pour deux artistes, Alain Bashung et Léo Ferré…

F. S. : Oui, deux mentors… On n’invente pas tout, l’art, c’est une transmission. Léo Ferré, Alain Baschung, Gérard Manset, Jacques Dutronc également, pour certaines chansons, sont des gens qui me fascinent.

On retient les textes de Ferré ou de Bashung, qu’ils soient écrits par eux ou non, mais ces deux artistes sont des musiciens, de véritables puristes…

F. S. : Exactement ! A ce titre, j’ai eu la chance de travailler avec Jean Fauque (principal parolier d’Alain Bashung, Ndlr), après le décès d’Alain Bashung. J’ai travaillé chez lui, Jean Fauque était très affecté par le décès d’Alain Bashung, cette expérience a été formidable, j’ai vécu une forme de transmission directe. Si on cherche des gens chantant de beaux textes sur une musique qui n’est pas un simple habillage, on n’en trouve pas 36 000 !

Quand on éprouve un profond respect pour certains artistes, est-il compliqué de se détacher des œuvres de ces artistes en composant ?

F. S. : Non, mais parfois, parfois, un peu, les influences peuvent surgir inconsciemment. Avec Alain Bashung, il y a un truc très particulier, Alain Bashung et ses paroliers ont inventé un truc, au même titre que Jimi Hendrix a inventé la saturation, une saturation qu’on a ensuite retrouvée partout, à mon sens, il y a une chanson française avant Alain Bashung et une chanson française après Alain Bashung. Dans l’écriture, dans la manière de chanter, une grammaire nouvelle a été inventée avec Alain Bashung, depuis Alain Bashung, on ne peut plus chanter de la même façon en français.

On ne copie pas Alain Bashung, Alain Bashung et ses complices ont inventé quelque chose de nouveau avec cette musique anglo-saxonne associée à une musique, cette association renvoie à cette phrase de Paul Valéry (écrivain, poète et philosophe, Ndlr), « Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens ». Alain Bashung, c’est de la chanson française à texte, mais le sens du texte peut ne pas être compris. Ça, c’est nouveau, telle a été la lutte de Bashung. Oui, moi, j’utilise ça, je ne peux pas ne pas l’utiliser. Se détacher oui, essayer de ne pas prendre certains plis, oui, mais ne pas vouloir écrire un peu comme eux est compliqué parce que ça fait référence et qu’il est donc impossible de me détacher de cette référence, de cette révolution. Je fais attention à ne pas glisser des choses inconscientes trop perceptibles, ce que j’ai à faire, ce que j’ai à dire, je le propose en espérant que ça plaise le plus possible, mais si ça ne plaît pas, tant pis !

Vous reprenez également un texte de Léo Ferré, Avec le temps, et un texte de Jean Fauque interprété par Alain Bashung, La nuit je mens dans votre dernier album…

F. S. : Oui, c’est une première ! J’ai une énorme compréhension de la poésie de Baudelaire, j’ai mis en musique de nombreux poèmes de Baudelaire, mais je ne voulais pas faire trop de reprises, mais comme on me comparait, ce qui est normal, il faut bien trouver des repères, je me suis dit, allez, franchissons l’interdit, hop, La nuit je mens et Avec le temps, ce sera fait, ça fera râler ceux qui veulent râler et ça fera plaisir à ceux à qui ça fait plaisir. J’en suis très fier. J’assume !

Parlons de votre œuvre, de vos albums. Pour une personne qui ne connait pas votre univers, votre musique, ce que vous faites, c’est quoi ?

F. S. : C’est de la chanson-rock-poétique, on ne peut pas faire plus court ! Poétique, ce n’est pas très vendeur, mais il ne faut pas tromper les gens sur la marchandise.

Comment travaillez-vous pour vos albums, les textes sont-ils à l’origine des musiques que vous composez ?

F. S. : J’écris tout le temps, des poésies, des chansons, je me base sur des images, sur un grenier par exemple, cet endroit où on peut trouver plein de chose, mes textes, c’est comme ce grenier, il faut le remplir de plein de choses. Tout peut partir d’une phrase ou même d’un mot, une fois le grenier rempli, lorsque le parquet grince sous le poids des mots, il est temps que je fasse un album. Je ressors tout du grenier et opère un tri. J’ai une anecdote à ce sujet. J’ai longtemps eu très honte de ce dont je vais vous parler. Quand je terminais un album, beaucoup de textes allaient au rebut, ils repartaient au grenier, je ne voulais pas les jeter. J’utilisais ces trucs ou ces bouts de trucs plus tard, avec honte. Un jour, en discutant avec Jean Fauque, le ou un des plus grands auteurs de chansons français en vie, il me raconte qu’il fait la même chose. Ça m’a complètement décomplexé !

Aimer la poésie, c’est forcément être sensible, sans sensibilité, il n’est pas possible de recevoir la poésie, cette sensibilité a-t-elle été un frein lorsque vous avez été amené à vous produire en public ?

F. S. : Oui, un peu ! Je suis timide, assez introverti, moins que par le passé, mais tout de même. Sur scène, je ne saute pas dans tous les sens, mais je ne peux pas aller sur scène défendre quelque chose auquel je ne crois pas. Un concert, c’est un petit tout, aller dans la rue et jouer à la Bob Dylan, je ne sais pas faire, j’aimerais tellement… Avec Raphaël (Raphaël Dausse, musicien de François Staal, Ndlr), nous avons créé une formule à deux, au départ, je ne voulais pas, mais nous avons bossé et sommes parvenus à créer un univers à deux. Seul, il me serait impossible de monter sur scène. Depuis quelques années, je me sens plus à l’aise sur scène, être sur scène, j’ai toujours aimé ça, mais c’est tout de même très particulier. J’ai fait la première partie de Cali il y a peu, lui, la scène, c’est son terrain de jeu, moi, c’est plus compliqué, c’est très particulier, ça demande une certaine maturité que je n’avais pas lorsque Virgin voulait m’envoyer sur scène.

Virgin vous voyait en nouvelle vedette, vous avez choisi un autre parcours. Vous n’êtes pas parti à la chasse au tube, vous avez forgé votre indépendance…

F. S. : Allez, je pense que je peux le dire, je suis un artiste has never been ! J’ai rencontré de nombreux producteurs dans ma vie, ils me disaient de sortir un tube. Un tube en zinc, en bronze, en cuivre ? Quelle taille ? Quel diamètre ? Faire un tube, je n’ai rien contre, si on fait un tube tant mieux, mais je ne sais pas faire un tube sur commande. Quand j’entends un tube, je comprends, mais c’est quoi, réellement, un tube ? En fait, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas de problème d’égo. La seule difficulté réelle que je peux rencontrer, c’est d’arriver à avoir une jauge suffisante dans les salles afin que le tout soit rentable, que les musiciens puissent être payés. Ce n’est pas forcément simple, ne faisant pas de pub et ne recherchant pas une reconnaissance, c’est parfois compliqué, mais le public est au rendez-vous.

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Nous en parlions il y a quelques semaines dans ces colonnes à l’occasion de l’interview d’un des membres des Ogres de Barback, en France, deux schémas s’imposent, des artistes profitant de l’appui des grands médias ou une forme d’impédance forgée sur la scène, sur le bouche-à-oreille, sur la fidélité d’un public…

F. S. : En effet ! J’ai la chance d’avoir un public fidèle, renouvelé au fil des années. L’artiste qui a son public est le roi du pétrole. Ferré ou Brel sont des géants, mais ils ont toujours remercié leur public, on pouvait penser qu’ils en faisaient trop, mais non, ils savaient simplement que leur succès, c’était le public, pas les producteurs ou les médias.

Je remercie à chaque concert le public d’être présent, parce que sans public, je ne pourrais pas être sur scène. Le public est influencé par les médias, à un moment donné, il faut que ça circule, qu’on parle des artistes dans les médias. Bon alors, le moment est-il venu de dire des choses que je ne devrais pas dire ? Allez, je me lance, une certaine presse ne veut clairement pas de moi, c’est mon impression. Pourquoi ? Je n’en sais rien ! Cette presse fait un peu la pluie et le beau temps, il faut donc trouver d’autres canaux, trouver quelque chose de plus direct, de plus sain, rencontrer les gens. J’ai trouvé ça ici, j’ai trouvé ça en résidence aux Fuseaux (salle de spectacle de Saint-Dizier, Ndlr).

Avez-vous ressenti le besoin de quitter Paris, de quitter une forme de microcosme ?

F. S. : Depuis le Covid, être loin de Paris est mieux accepté. Partir ou rester ? La question a fini par se poser. Cette expérience, cette nouvelle expérience, ici, en Haute-Marne est intéressante, les premiers résultats sont là. Je retiens de belles rencontres, de rencontres aussi ou bien plus belles que celles vécues à Paris. Je joue en province, je joue à Paris, je découvre de nouvelles personnes et ça accroche.

Votre installation en Haute-Marne tient-elle du pur hasard ?

F. S. : Oui et non ! Je cherchais un bel et vaste endroit, un endroit où je peux faire du bruit, avec un budget restreint. J’ai lancé une recherche dans toute la France et je suis tombé sur cet endroit. Il se trouve que, par le plus grand des hasards, que le père de la mère de mes enfants est du Nord du département, petit j’aillais à Voillecomte pendant les vacances, je connaissais le lac du Der, nous y allions en famille, avec les enfants. La Haute-Marne était reliée à moi, je la connaissais, j’ai donc choisi de m’installer ici !

Avec les nouvelles technologies, je peux travailler sans problème ici. Quand j’ai vu un peu trop de grues cendrées, je pars en concert à Paris ou ailleurs. Travailler ici est très agréable. Après mes concerts à Paris, au Café de la danse, je vais profiter de cet endroit pour travailler sur des musiques de films, avec mes chiens, en pleine campagne.

Votre actualité, ce sont ces concerts au Café de la danse puis un projet particulier appelé à être présenté à Saint-Dizier…

F. S. : Nous montons un spectacle appelé à être présenté au théâtre de Saint-Dizier. Ce projet est un concert-fiction, le but est de raconter une histoire à l’aide de textes et de chansons, c’est l’histoire de monsieur Staal, un artiste un peu dépressif qui a du mal à trouver sa voie, c’est baudelairien, un peu faustien, cet homme va tomber par hasard sur un texte de Baudelaire, ce texte va éclairer sa vie et il va guider sa vie au travers de textes de Baudelaire, de sa jeunesse à sa vieillesse, cet homme va connaître le succès, tomber dans la drogue puis revenir. Il y a aura des textes de Baudelaire et des textes personnels.

Peut-on deviner une inspiration autobiographique ?

F. S. : Oui et non ! C’est fictif dans le sens où cet homme va connaître un grand succès, ce qui n’est pas mon cas. C’est moi, mais ce n’est pas moi ! La première représentation aura lieu le 10 juin 2023 à Saint-Dizier. Je prépare également un nouvel album, il est en gestation.

Propos recueillis par Thomas Bougueliane

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