Saint-Exupéry, Murakami, Charlotte Brontë… Les 10 livres cadeaux du Figaro littéraire

LA SÉLECTION DU FIGARO – Découvrez les dix livres à lire et à offrir pour Noël, choisis par la rédaction.

Une Brontë en Pléiade

La postérité n’a gardé de Charlotte Brontë qu’un roman, l’immense Jane Eyre. Il faudrait pourtant rappeler qu’elle fut aussi l’auteur d’autres grands livres (Le Professeur fut édité à titre posthume). L’édition de la Pléiade réunit Shirley (1849) et Villette (1853), deux romans que l’écrivain a ­publiés alors qu’elle était la dernière survivante de sa fratrie (Branwell, Emily et Anne sont morts en l’espace de huit mois en 1848-1849). Les traductions de Dominique Jean et de Véronique Béghain sont nouvelles ; cela faisait soixante ans que Charlotte Brontë n’avait pas été retraduite. Un événement, d’autant que le volume comporte une éclairante préface de Laurent Bury. On y redécouvre la fratrie Brontë, d’abord amatrice de récits idéalistes et romantiques puis réalistes et caustiques sous la plume de Charlotte.

Dans Shirley, l’auteur raconte le soulèvement d’ouvriers contre la mécanisation de leur travail, s’inspirant de faits historiques et étudiant la condition féminine. Villette se présente comme un récit autobiographique, Charlotte se souvenant d’un séjour bruxellois, quand elle fut enseignante et qu’elle fut « séduite » par un confrère en pensionnat…

«Lonesome Dove» en coffret

La collection « Totem » des Éditions Gallmeister propose pour cette fin d’année un coffret regroupant tous les volumes de la saga Lonesome Dove de l’Amé­ricain Larry McMurtry (né à Archer City, Texas, en 1936, et mort dans la même ville, en 2021).

Avec Lonesome Dove, McMurtry, grand connaisseur de westerns (il fut, entre autres, coscénariste de Brokeback Mountain en 2005) imagina les aventures extraordinaires de deux Texas Rangers à travers l’Ouest mythique et sauvage dans les années 1880.

Avec le premier tome, Lonesome Dove, McMurtry remporta le prix Pulitzer 1986. Le succès de la saga fut tel qu’elle fut adaptée à la télévision en cinq mini-séries et deux séries entre 1989 (avec Robert Duvall et Tommy Lee Jones ) et 1996.

Version originale, de Jean-Claude Götting: fragments d’un théâtre amoureux

Version originale sous-titrée français, de Jean-Claude Götting, Rivages, 96 p., 22 €. Rivages

Première page, premier plan. Un dessin en noir et blanc au format d’un écran de cinéma, avec le grain épais des films d’autrefois. Un boulevard parisien. Une station de métro. De jour. Cadrage serré sur un jeune couple. Il porte un chapeau de feutre et tient la femme par la taille, un peu lâchement. Elle a les yeux levés vers lui, comme si elle cherchait son regard, une main posée sur son bras. Dans son expression à elle, il y a de la candeur, une hésitation, une attente. Sur son visage à lui, une certaine satisfaction, de l’assurance. Sous-titre de la scène : « Trois jours ma chérie, qu’est-ce que c’est ? » Que veut-il dire ? On scrute la scène, on cherche des indices pour reconstituer leur histoire. De l’autre côté de la rue, la devanture du Grand Rex : sortent-ils d’une séance de cinéma ? Sont-ils amants et va-t-il retrouver son épouse ? Peu vraisemblable si l’on considère le style du jeune homme, un peu guindé, conventionnel. Peut-être s’en retourne-t-il simplement quelques jours en province rendre visite à ses parents.

Les quarante dessins qui composent ce recueil du génial ­Götting sont à l’avenant : des instantanés, extraits d’histoires différentes qui sont autant de fragments d’un théâtre amoureux. C’est un sommet dans l’art de l’ellipse. Les scènes sont assez évasives pour que le spectateur-lecteur invente son propre film, assez précises pour actionner son imagination. Les situations ont quelque chose d’intemporel et de familier. Elles sont très variées, mais les personnages se ressemblent dans leur désarroi, leur maladresse, leurs demi-mensonges. Les dessins à l’encre de chine, rehaussés de gouache blanche, ont une texture granuleuse, une épaisseur, de l’étoffe et l’élégante sensualité de l’âge d’or du cinéma, si différente de la surface glacée des écrans contemporains.

Imaginez. Le profil d’un homme ­assis à la table d’un café. Il est au téléphone, les yeux baissés. Sa main gauche suspendue en l’air tient une petite cuiller. Sous-titre : « Eh bien, je suppose que les gens changent… » Plus loin, sur une avenue enneigée qui ressemble aux Champs-Élysées, deux jeunes femmes marchent : « Il pense que je ne le sais pas mais je le lis dans ses yeux… » Parlent-elles d’un des deux hommes qui les ­précèdent au loin et regardent le kiosque à musique sous les arbres ? Imaginez encore. Dans une chambre, une femme se rhabille : « Je n’ai rien d’autre à t’offrir, Peter. » Avancez : autour d’un billard, deux hommes ont retiré leur veste et jouent : « Et les probabilités pour qu’elle change d’avis ? - Minces. » Page suivante, au coin d’un ring, un boxeur, assis tête renversée, amoché, épuisé. Son coach lui tamponne le visage et lui glisse à l’oreille : « Elle appellera peut-être. » Ailleurs, allongée au bord d’une piscine, une jeune femme en maillot de bain sage dit : « Mon pauvre Hector. Est-ce que je ne t’ai pas prévenu ? » L’homme est dans l’eau, accoudé au rebord, pensif. Plus tard, très loin, deux snipers, derrière des persiennes, dans le feu de l’action. L’un tient sa mitraillette braquée par la fenêtre, l’autre est debout dos au mur. Dialogue : « Elle est tout ce dont j’avais rêvé. - Bon sang Carter ! La ferme ! » Imaginez…

Ce kaléidoscope de récits est rythmé par quatre beaux interludes, des extraits de textes sur le couple, écrits pour le théâtre par les talentueux Diastème et Pauline Peyrade notamment. Ouvrez cet album, éteignez la lumière, lancez le projecteur… Fabuleux.

Le Mystère de la chambre jaune, de Gaston Leroux: le trésor oublié de Rouletabille

Le Mystère de la chambre jaune, de Gaston Leroux, Éditions des Saints-Pères, 1000 exemplaires numérotés, 264 p., 160 €. Editions des Saints Pères

Pour les amoureux de la littérature populaire, Gaston Leroux est un génie. Ses romans ont inspiré nombre d’adaptations au cinéma et en séries télévisées : La Poupée sanglante, Chéri-Bibi, Le Fantôme de l’Opéra.

Gaston Leroux (1868-1927) a laissé une œuvre mémorable et diversifiée. C’est dans Le Mystère de la chambre jaune qu’apparaît pour la première fois le jeune enquêteur Joseph Rouletabille. Un petit mot sur l’intrigue, apparemment banale : alors qu’elle s’était enfermée à double tour dans sa chambre, Mathilde, la fille du célèbre professeur Stangerson, est victime d’une terrible agression. Et pourtant, la pièce était barricadée comme un coffre-fort. La question se pose : par où l’assassin a-t-il bien pu s’enfuir ? Rouletabille, journaliste qui endosse le rôle de détective, mène l’enquête en compagnie de Frédéric Larsan…

Le style et la fabuleuse manière de conter de Leroux font le reste. La magie opère. Ce que l’on appelle aujourd’hui « séries » portait le nom de « feuilletons » à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Ainsi, Le Mystère de la chambre jaune est-il paru pour la première fois en feuilleton dans L’Illustration, célèbre magazine à l’époque. Le succès fut fulgurant.

Aujourd’hui, les Éditions des Saints Pères publient la version manuscrite du fameux roman policier. Un fac-similé imprimé à 1000 exemplaires numérotés, le texte étant accompagné d’illustrations d’Édouard Loëvy parues en 1908, ce qui ajoute au charme désuet de l’objet littéraire. La préface signée Philippe Mellot, expert près de la cour d’appel de Paris en livres illustrés modernes, apporte un éclairage sur le contexte de publication et un court portrait de Leroux. C’est un véritable trésor oublié, raconte les dirigeants des Éditions des Saints Pères, Jessica Nelson et Nicolas Tretiakow, qui ont fondé cette maison spécialisée dans la reproduction de manuscrits originaux de grands textes de la littérature.

« Gaston Leroux laisse derrière lui une œuvre colossale dont les titres les plus connus ne cessent de fasciner les lecteurs. Il est donc toujours surprenant, lorsque l’on se penche sur les archives d’un écrivain, d’apprendre que le manuscrit d’un titre célèbre comme Le Mystère de la chambre jaune n’a fait surface que bien des décennies après sa mort. » Le manuscrit était caché… dans le grenier de sa maison, sous une pile de vieux journaux. Le voilà exhumé.

Le monologue du chewing-gum

Le chewing-gum de Nina Simone, de Warren Ellis,traduit de l’anglais (Australie) par Nathalie Peronny, La Table Ronde, 224 p., 28,50 €. La Table Ronde

Le nom de Warren Ellis est associé à celui de Nick Cave. Membre des Bad Seeds et de Grinderman, le premier travaille aux côtés du second depuis des décennies. Le voici qui signe un livre étonnant et attachant où Nick Cave joue un rôle décisif.

En 1999, lorsqu’il était le programmateur d’un festival à Londres, ce dernier y invita la grande Nina Simone. Présent dans la salle, Warren Ellis la vit ôter de sa bouche le chewing-gum qu’elle mâchait, le poser sur son piano avant d’attaquer le premier morceau. À la fin du concert, Ellis grimpa sur scène, enveloppa la relique dans la serviette que Nina Simone avait utilisée pour s’essuyer le front et ramena l’ensemble chez lui.

Un trésor précieusement conservé ensuite de longues années dans un sac en plastique Tower Records. Jusqu’au jour où il se retrouva dans une vitrine, posé sur un socle, le temps d’une exposition organisée par Nick Cave à Copenhague. En détaillant une aventure peu banale, Warren Ellis revient ici sur sa formation de musicien, son rapport aux objets et aux êtres qui l’ont construit et accompagné.

Monumentale Susan Sontag

Sontag, de Benjamin Moser,traduit de l’américain par Cécile Roche, Christian Bourgois Éditeur, 876 p., 39 €. Christian Bourgeois Editeur

APRÈS la colossale biographie de Philip Roth signée Blake Bailey (Gallimard), c’est un autre monument de la vie intellectuelle américaine de la deuxième moitié du XXe siècle qui revit sous la plume de Benjamin Moser. Après une biographie de Clarice Lispector en 2009, ce critique, journaliste et traducteur s’est attelé en 2013 à la rude tâche d’escalader la montagne Susan Sontag (1933-2004). Essayiste, romancière, intellectuelle de choc, chroniqueuse des chaos de son temps (guerre d’Algérie, révolution cubaine, chute du mur de Berlin, siège de Sarajevo), cinéaste, amoureuse tout-terrain, Sontag fut une personnalité très forte dont l’empreinte sur la cause féministe fut importante.

Dès 1963, elle fut remarquée avec la parution de son premier roman, Le Bienfaiteur. L’année suivante, son essai sur le style camp, publié dans la Partisan Review, en faisait la porte-voix des intellectuels new-yorkais. Compagne de la photographe Annie Leibovitz, filmée par Andy Warhol, elle théorisa une « esthétique du silence » d’après les toiles de Mark Rothko, les compositions musicales de John Cage et le cinéma de Bergman. Révérée par Patti Smith, cette femme au caractère trempé repose au cimetière du Montparnasse.

À 75 ans, le Petit Prince garde tout son mystère

Catalogue de l’exposition, sous la direction d’A. Cerisier et A. Monier Vanryb, Gallimard/Musée des arts décoratifs, éd. limitée, 346 p., 39 €. Gallimard

Presque pas un mot, dans les douze premières pages de cet ouvrage. Et pourtant l’émotion affleure. Des traits enfantins, des esquisses, des dessins qui n’ont pas l’air encore aboutis. Bien sûr, on reconnaît le style Saint-Exupéry et, plus loin, on découvre son plus fameux livre, Le Petit Prince. L’enfant que le monde entier connaît a aujourd’hui 75 ans ! À l’occasion de l’anniversaire de la publication du ­célèbre conte philosophique, le Musée des arts décoratifs lui a ouvert ses portes. Et ce catalogue coédité avec Gallimard retrace la genèse et les étapes de sa création à travers des manuscrits, des esquisses, que l’on retrouvera tout le long du livre, mais aussi des extraits de la correspondance de l’écrivain. Ce travail a été réalisé par Alban Cerisier et Anne Monier-Vanryb. Autant le dire tout de suite : cet ouvrage est magnifique, et c’est peu de le dire. Sans doute, sa richesse provient-elle des grands textes qui accompagnent les illustrations – l’équilibre est parfait. On a toujours tenté de percer le mystère du Petit Prince et d’élucider la mort de son créateur, à un âge où certains sont à l’aube d’une carrière : 44 ans.

Dans l’introduction coiffée du joli titre, « De l’intime à l’universel », qui sied tant à Saint-Ex, Antoine Gallimard en donne une clé : « Écrire simplement, c’est donner aux mots le pouvoir de nous toucher. » Et d’ajouter que ce fameux conte que l’on croit écrit pour les enfants ouvre les portes de l’humanité dans ses vérités et ses mensonges. Et, ce faisant, il nous invite à saisir l’essentiel, souligne le PDG de Gallimard, la maison du créateur du Petit Prince.

Le livre, traduit dans toutes les langues et dans tous les dialectes, a, rappelons-le, été parfois jugé « niais » – des éditeurs avaient refusé le manuscrit, surpris qu’un écrivain aussi sérieux ait écrit un conte pour enfants (Courrier sud, Vol de nuit, Terre des hommes, grand prix du roman de l’Académie française, et Pilote de guerre, avaient été publiés avant). La place manque pour dire tout ce qu’apportent les différentes contributions : un éclairage saisissant, des dessins qu’on n’avait jamais vus, des photos également. Petite cerise sur l’ouvrage : cette édition limitée inclut le tirage d’une aquarelle du manuscrit original. Une chose demeure, on a beau lire et relire le texte, le mystère reste entier.

Une décennie de lectures en un livre

Les 1000 livres qui donnent envie de lire, de Sarah Sauquet, Glénat, 304 p., 39,95 €. Glénat

Vous ne savez jamais quoi lire ? À chaque fois que vous entrez dans une librairie, vous hésitez, vous doutez et finissez par repartir les mains vides ? Voilà le livre qui mettra fin pour de bon à vos atermoiements. En quelque 300 pages, Sarah Sauquet nous invite à redécouvrir 1000 livres, rien que ça. Voilà donc un ouvrage haut en couleur qui se parcourt comme un chemin à travers bois. Le regard dévie, de haut en bas, de gauche à droite, on se laisse surprendre par le résumé enflammé de Pantagruel et on se laisse envoûter par celui de Patti Smith. Quel fantastique voyage à travers les genres, les époques et les pays ! « La littérature est une politesse de l’esprit. Elle nous oblige à la concentration, à donner du temps au temps et à ne pas juger trop vite. » Bien sûr, cet inventaire est subjectif mais il a le mérite d’être éclectique ; il se divise en trois catégories : « plaire », « instruire » et « émouvoir ». Ainsi on retrouve Homère, Tolkien, Verne, d’Ormesson, Colette, et puis Proust, Hesse, Yourcenar, J. K. Rowling, Woolf… Les classiques côtoient les modernes, les œuvres cultes, les œuvres injustement oubliées. L’auteur propose également une série d’entretiens et des éclairages bienvenus pour approfondir nos lectures. Voilà de quoi lire pendant au moins une décennie !

Les tee-shirts de Murakami

T. Ma vie en t-shirts, de Haruki Murakami, traduit du japonais par Hélène Morita, Belfond, 200 p., 24 €. Belfond

Quand Murakami fait du rangement dans sa garde-robe, tout le monde en profite. On pourrait penser à une blague mais le dernier livre du romancier japonais est bien un ouvrage consacré aux tee-shirts. Plus exactement à ses propres tee-shirts, qu’il collectionne avec enthousiasme. N’allez pas imaginer un délire à la Imelda Marcos avec des pièces pleines d’escarpins. Non, chez le Japonais, la méthode est plus prosaïque. Il a rangé ses tee-shirts dans des cartons et les a sortis pour raconter de petites histoires au lecteur. D’où leur aspect souvent froissé quand d’autres sont plus distendus, signe qu’il les a usés. « En été je ne porte que ça », dit l’auteur qui préfère les tee-shirts promotionnels aux tee-shirts chics. Il aime aussi farfouiller dans les friperies, et le fait de voir Brad Pitt porter un tee-shirt « Champion » dans Once Upon a Time in America, le dernier film de Tarantino, lui a procuré une petite pointe de nostalgie. Intarissable on vous dit ! Ceux qui ont lu ses derniers récits en forme de pas de côté retrouveront son humour et son extraordinaire connexion avec le monde qui l’entoure.

Le voilà dissertant sur les tee-shirts représentant des voitures et ne jurant que par ceux de Volkswagen, « la Coccinelle donne l’impression que vous avez votre style de vie bien à vous », commentant ceux des marques de whisky qu’il aime boire mais qu’il ne porte pas trop, de peur de passer pour un « vieil alcoolique », tout comme il renâcle à arborer les tee-shirts avec des animaux mignons, qui évoquent sur lui l’effet des imprimés léopard sur les vieilles dames. Cet adepte de la course de fond a gardé tous les trophées cotonneux de ses compétitions dont celui du marathon de la ville de Murakami, qu’il a bouclé bien sûr mais jamais sponsorisé. Ses tee-shirts parlent aussi de ses goûts musicaux, on le sait grand amateur de jazz, mais il révèle se tenir au courant de toutes les musiques tout le temps « pour ne pas perdre le fil de ce qui se fait ». S’il n’ose plus porter son tee-shirt des Ramones, « Quand on est septuagénaire, il y a des limites à ne pas dépasser ! », il raconte avec gourmandise cet inconnu qui l’interpella un jour dans un ascenseur sur son tee-shirt « Jeff Beck Japan Tour ». « Je m’appelle John Beck et mon fils s’appelle Jeffrey Beck, mais on dit Jeff », lui dit cet homme corpulent qu’il ne connaissait pas. « Aucun lien avec le guitariste », lui confirma-t-il avant de laisser le pesant silence s’installer dans l’ascenseur. Un vrai roman de Murakami.

Matteo Ricci, le Fils de Dieu et le Fils du Ciel

Matteo Ricci, Dans la cité interdite, de Dufaux et Jamar, Dargaud, 56 p., 16 €. Dargaud

Matteo Ricci, savant et lettré italien, jésuite, fut ordonné prêtre en 1580 avant de s’embarquer pour la Chine. Il avait « la grande intelligence, celle du cœur et de l’esprit, de respecter des coutumes et une foi autre que les siennes ». Cette BD où le savoir-faire narratif et figuratif de Dufaux et Jamar fait merveille, nous donne un aperçu subtil et profond de la personnalité de cet homme qui voua sa vie à créer des liens avec un pays qui le passionnait et à essayer d’en déchiffrer la culture.

Le récit commence en 1601 lorsqu’il arrive à Pékin. Cela fait dix-huit ans qu’il parcourt la Chine. Il rêve d’obtenir une audience auprès du Fils du Ciel. Il est autorisé à prendre ses quartiers dans la Cité interdite où il devra solliciter les bons offices de divers personnages qui bien entendu se détestent : la cour qui entoure l’empereur est pleine de faux-semblants et chausse-trappes. Il serait aisé d’y perdre son âme. Mais Matteo Ricci est d’une droiture admirable, doué de l’humour et de la souplesse que confère la sagesse. Il déploie des trésors d’ingéniosité pour arriver au but qu’il s’est fixé, sans renoncer à la charité évangélique. Son secret ? On le découvre dans cet album dont les anecdotes astucieuses, le découpage équilibré, la ligne réaliste riche en couleurs donnent aussi à voir l’étrangeté fascinante de la Chine : un album à mettre entre toutes les mains.

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Saint-Exupéry, Murakami, Charlotte Brontë… Les 10 livres cadeaux du Figaro littéraire